Si vous êtes à la recherche d’un jeu exotique, original ou farfelu, le catalogue de la Super Famicom est une véritable mine d’or. On y trouve de tout, du RPG bien obscur et incompréhensible pour l’occidental moyen, jusqu’au jeu de plate-forme bien huilé qui lui ne souffre pas du barrage de la langue. Poko-Nyan! en est une nouvelle preuve éclatante: de la plate-forme certes -très- basique, parce que à destination des jeunes joueurs, mais qui dégage un charme certain grâce à ses graphismes trognons.
Dis papa, c’est quoi un tanuki? ^^;
Attention, minute culturelle de la MdP! Dans Poko-Nyan!, vous allez avoir l’occasion unique de vous glisser dans la peau d’un « tanuki », c’est-à-dire – dixit Wikipedia – un chien viverrin (raccoon dog en anglais). Pour vous faire une petite idée, sachez que visuellement, c’est un petit animal qui ressemble assez à un raton-laveur. Dans le folklore japonais, le tanuki est très présent. Considéré comme un des esprits (yokai) de la forêt qui possède la faculté de changer d’apparence à volonté, on le retrouve dans de nombreux récits anciens (surtout) mais aussi contemporains. Ainsi, à titre d’exemple, si vous êtes un peu branché « anime », vous connaissez peut-être l’excellent long métrage d’animation « Heisei Tanuki Gassen Pompoko » d’Isao Takahata (Studio Ghibli), sorti il y a quelques années, qui a immortalisé les tanukis au cinéma.
Dans ce dernier, les tanukis prennent apparence humaine pour sauver leur habitat menacé par les hommes. Eh bien, dans Poko-Nyan!, l’enjeu sera nettement moins grand ou ambitieux, puisque notre tanuki veut simplement récupérer son garde-manger, constitué de fruits et autres sucreries. D’ignobles kangourous ont en effet profité d’un moment d’inattention de sa part pour mettre à sac la cuisine et le frigo de son amie (une petite fille « kawai » que l’on voit dans l’intro et la fin du jeu) et s’enfuir avec leur butin. Il ne lui reste plus qu’à les poursuivre, ce qui, entre nous, ne sera pas trop difficile puisque dans leur précipitation, les kangourous voleurs perdent quantité de fruits derrière eux.
Même pas mal!
Premier constat: comme vous pouvez le découvrir sur les screenshots de ce test, Poko Nyan! prend la forme d’un jeu de plate-forme gentillet à même de séduire au premier coup d’oeil votre petite nièce de 4 ans. Par contre, ce que vous ne pouvez pas voir, c’est que -tenez-vous bien-, votre perso ne peut pas mourir! Tout au plus, votre petit tanuki sera-t-il étourdi ou assommé en fonction de l’intensité du coup qu’il aura reçu. Après, il se relèvera et continuera le jeu, comme si de rien n’était. On ne gère donc pas une quelconque jauge de vie. Vous remarquerez aussi la présence d’un timer dans le coin supérieur droit de l’écran, mais à nouveau, c’est loin d’être un problème puisque l’on a à chaque fois tout le temps d’arriver à la fin du niveau. Poko-Nyan! est donc bien placé sous le signe de l’ « easy gaming », avec un challenge qui s’avérera intéressant et prenant si vous avez entre 3 et 5 ans… mais inexistant si vous êtes plus âgé. Cela ne veut cependant pas dire que le titre ait été programmé en deux temps trois mouvements par ses concepteurs, loin s’en faut.
Le gameplay est même assez complet, avec des caractéristiques qui rivalisent sans problème avec celles d’autres jeux de plate-forme plus « classiques ». Votre tanuki saute sur la tête de ses ennemis pour les éliminer. C’est habituel. Il peut aussi effectuer un double saut assez facilement, pour atteindre des plates-formes ou portions de niveaux placées en hauteur. Il y a aussi une particularité sympa que l’on ne retrouve pas forcément dans tous les jeux: en appuyant sur « bas » et saut, Poko descend sur la plate-forme inférieure. Il peut donc « glisser » de plate-forme en plate-forme jusqu’au sol sans devoir se déplacer et sauter vers une plate-forme en contrebas. On retrouve aussi dans ses gènes des caractéristiques de Sonic et de Mario. Je m’explique. Pour ses déplacements, comme le hérisson bleu de Sega, le petit tanuki peut courir à toute vitesse d’un bout à l’autre du niveau. Et comme le petit plombier de Nintendo, il pourra, tanuki oblige, se transformer à volonté, mais sans avoir recours à un quelconque item.
C’est la touche R qui joue un rôle central pour les transformations. En appuyant sur la touche R seule, Poko (je ne sais pas si c’est son prénom…) se change en un kangourou imposant (qui fait quand même le double de sa taille normale!). Son avantage principal? Faire des bonds énormes, que ce soit avec le simple saut ou -encore plus vrai- avec le double saut. En combinant les touches « haut » et R, notre tanuki devient un bel oiseau capable de voler tout le temps et, par conséquent, de survoler (au propre comme au figuré) tout un niveau. Enfin, troisième et dernière transformation: en appuyant sur « bas » et R, il se changera en un hérisson qui se mettra en boule à la moindre occasion pour rouler dans les pattes de ses ennemis.
Inutile de vous le cacher: ces trois transformations rendent le jeu encore plus facile, et il n’en avait, à vrai dire, pas vraiment besoin. Mais je pense personnellement qu’elles sont surtout là pour offrir une certaine variété d’actions et un sentiment de montée en puissance aux jeunes joueurs. Sur ce point, leur intégration dans le gameplay est donc très réussie. Ainsi, si votre perso est transformé et qu’il est touché par un des rares ennemis, il reprend alors sa forme habituelle de tanuki. De même, si après une transformation, vous souhaitez lui redonner sa forme initiale, une simple pression sur la touche R fera l’affaire. On s’amusera donc à jongler entre forme normale et transformations de notre petit héros.
Inoffensif mais techniquement solide
Il faut voir le challenge proposé par Poko-Nyan! au travers des yeux d’un jeune enfant. À partir de là, la grosse dizaine de niveaux que compte le jeu est suffisante pour assurer au soft une durée de vie correcte, d’autant plus qu’il n’y a bien évidemment pas de sauvegarde possible sur la cartouche. Les niveaux sont répartis entre cinq « mondes », terminés chacun par un boss, qui n’est autre qu’un des kangourous voleurs de fruits. Fades (parce que tous visuellement identiques, hormis leur couleur) et possédant des attaques différentes, ils vous donneront, une fois battus, une friandise (glace, tablette de chocolat…) ainsi que l’accès au monde suivant. En fait, une fois le jeu parcouru, on se rend compte que seuls les deux derniers boss possèdent des pouvoirs un peu plus originaux, sans pour autant être plus compliqués à battre. Les simples ennemis qui hantent les niveaux du jeu se partagent entre le monde animal (lapins, oiseaux, sangliers…) et celui du jouet (petits soldats, petits pantins articulés…). Ils sont cependant très peu variés et après quelques niveaux, c’est flagrant: ils ont une fâcheuse tendance à se répéter.
Si les adversaires peuvent décevoir, les décors sont par contre réussis. Archi-simples en terme de level design, avec différents thèmes sympatoches (château, fête foraine, bateaux, niveau aquatique, niveau des les nuages…), ils évitent le piège des couleurs trop criardes ou tape-à-l’oeil que l’on retrouve souvent dans les jeux pour jeunes enfants. Les teintes douces et pastels se mêlent pour donner un look mignon et inoffensif au jeu. Un très bon point donc. L’animation de Poko s’impose aussi comme une des grandes qualités du titre. Il est vrai que le soft n’est certainement pas très gourmand sur le plan technique, mais ce n’est pas une raison pour en diminuer les mérites. Les déplacements très rapides du tanuki sont fluides en toutes circonstances, tout comme ses sauts et ses phases de transformation.
Autre point non négligeable: le jeu est bourré de petites animations supplémentaires, par essence inutiles, mais qui donnent vie à Poko en le rendant très attachant (par exemple, laissez-le tranquille une poignée de secondes et il s’endort sur place…) ou en lui permettant d’interagir avec le décor (notamment dans le niveau dédié à la fête foraine, où il pourra monter dans un manège de tasses ou sur une grande roue…). Effet garanti sur le jeune public visé par le jeu. Les musiques sont quant à elles très prévisibles: elles sont guillerettes, pleines de vie et d’entrain, mais ne peuvent certainement pas être qualifiées d’originales. Les bruitages du jeu, relativement peu nombreux, ne sont pas non plus très recherchés, mais les jeunes joueurs n’en auront cure.
En conclusion
Avec son look qui fleure bon la guimauve, Poko-Nyan! fait, à n’en pas douter, partie des jeux qui s’adressent à un très jeune public sur Super Famicom. Il est même probablement un des seuls à avoir poussé le concept aussi loin durant la période 16 bits, en proposant un héros qui ne peut pas mourir et un challenge réduit à sa plus simple expression. Cependant, malgré cette orientation assumée qui aurait pu faire craindre le pire du côté de la réalisation, il présente un profil technique très avantageux (univers sympa, animations au top, gameplay simpliste mais efficace…). Les plus petits adoreront à coup sûr ce jeu conçu tout spécialement à leur attention, et les plus âgés ayant gardé une âme d’enfant se feront un plaisir de les seconder dans cette aventure.
Note finale MDP » 14/20
| Technique | 15/20 | Musique | 14/20 | |
| Notre tanuki se déplace dans des décors gentillets, pas forcément très originaux mais variés. Un grand soin est porté à l’animation du personnage central, avec de nombreuses mimiques qui le rendent mignon tout plein. | Haut les coeurs! Les thèmes musicaux ne sont pas très nombreux (grosso modo un par « monde » traversé) ou follement originaux, mais ils transpirent la bonne humeur et la joie de vivre. Les bruitages, pas beaucoup plus variés, assument leur rôle, sans plus. | |||
| Gameplay | 14/20 | Durée de vie | -/20 | |
| Réduit à sa plus simple expression, le gameplay est en accord avec le public visé par le jeu. Il est même assez intéressant, avec trois transformations pour notre héros, ce qui permet de varier les situations. | A noter en fonction de l’âge du joueur. Si celui-ci à 4 ou 5 ans, il passera un bout de temps sur le jeu et y reviendra avec plaisir. Au-delà de cet âge, le joueur pliera Poko-Nyan! en une bonne demi-heure, montre en main. | |||
| Innovation | 12/20 | |||
| On saluera la démarche des développeurs, les jeux visant un très jeune public étant particulièrement rares à l’époque de sa sortie. Sinon, Poko-Nyan! est un jeu de plate-forme « classique de chez classique », amputé de quelques éléments typiques du genre (gestion de la vie du perso, items modifiant ses capacités…). | ||||
| Infos pratiques | ||||
| Développé par Toho Édité par Toho Co. Ltd Sorti le 22.12.1994 (Japon) Pas sorti aux USA Pas sorti en Europe |
plate-forme en culotte courte 1 seul joueur Cartouche de 8Mb Pas de sauvegarde |
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