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la deuxième fois est la bonne

Fushigi no Dungeon 2 : Furai no Shiren

Je vous le révélais à la fin du test de Torneko no Daibouken: si les aventures du petit marchand bedonnant ont ouvert la voie du dungeon-RPG « façon ChunSoft » sur nos consoles, la série des Fushigi no Dungeon n’a vraiment pris son envol qu’un peu plus tard avec Furai no Shiren. Et après quelques parties, on comprend très vite pourquoi: la mise en avant d’un univers original (non dérivé d’une série RPG à succès comme pour le premier opus), un gameplay encore plus hardcore et une réalisation enfin digne de la Super Famicom sont autant de points forts mis en avant par ce nouvel épisode. De quoi, encore une fois, ravir les fans de donjons humides et autres couloirs bien sombres, mais aussi faire fuir plus que jamais les autres joueurs…

ChunSoft tient le bon bout

Pour qu’une série frappe les esprits et connaisse le succès, il n’y a pas de secret: il lui faut impérativement un univers facilement identifiable par les joueurs, mais aussi suffisamment original pour permettre à la série de se démarquer. ChunSoft l’a bien compris et après s’être retranché derrière la renommée rassurante des Dragon Quest, le développeur a cette fois pris comme modèle le Japon féodal, un background, bien connu du public japonais, qui convient comme un gant au type de jeu qu’est Furai no Shiren. Le héros principal? Un ronin discret du nom de Shiren, qui est accompagné en permanence par Koppa, une belette parlante (ça ne s’invente pas). Ce duo improbable se lance à la recherche du Golden Condor, un trésor inestimable qui, selon la légende, repose dans une mystérieuse cité d’or logée bien au-delà des forêts et clairières environnantes, en haut d’une énorme montagne. Nombreux sont les aventuriers de tout poil qui se sont lancés dans cette même quête et qui n’en sont pas revenus, de quoi raviver encore un peu plus les fantasmes autour de ce fameux trésor.

L’idée de la montagne à gravir par palier est plus qu’ingénieuse et épouse idéalement la structure d’un dungeon-RPG ou rogue-like tel que l’a conçu ChunSoft. Car oui, le développeur persiste dans son genre de prédilection et signe même ici un titre qui se veut encore plus hardcore que Torneko no Daibouken. À première vue, la base du gameplay reste pourtant fondamentalement la même: les donjons, ennemis et objets du jeu sont toujours générés aléatoirement par la console et une fois Shiren mort, celui-ci reviendra à son point de départ, au bas de la fameuse montagne, perdant du même coup expérience et inventaire. Dans le même registre, le déroulement du jeu dans les différents niveaux est toujours régi par des règles bien précises et immuables: si Shiren ne bouge pas, les ennemis ne bougeront pas non plus, et chacune de ses actions (faire un pas, attaquer ou utiliser un objet) entraînera immanquablement une action du côté des ennemis. Les déplacements se font suivant un système de cases invisibles et les combats restent visuellement proches de ce que l’on observe dans un action-RPG, ce qui est trompeur, puisque l’on est bien, ici, dans du tour par tour, avec un aspect tactique et une position du perso qui vont jouer un rôle crucial dans l’issue du combat.

Plus hardcore, y’a pas!

De toute façon, même en ayant les grands principes du jeu en tête, on comprend rapidement que la vie de ce pauvre Shiren ne tient qu’à peu de choses et que des petites astuces toutes bêtes pourront bien souvent lui sauver la mise: se déplacer en diagonale pour éviter les tirs des ennemis armés d’arcs et de flèches, frapper dans le vide pour obliger les adversaires à bouger tout en maintenant ses propres positions, ou changer d’orientation en restant sur place pour toujours faire face aux ennemis les plus proches. Ces actions se font heureusement le plus naturellement du monde et on mémorise rapidement les différentes possibilités offertes par le jeu. Mais ne vous emballez pas trop vite non plus: Furai no Shiren a beau être très accessible en terme de prise en main, il est sans pitié aucune pour le pauvre joueur, car même en faisant preuve de grande prudence, il est fréquent de perdre la vie alors que tout semblait rouler pour ce brave Shiren.

Pourquoi? Tout simplement parce que les développeurs de ChunSoft ont fait preuve d’un sadisme certain en reprenant les quelques bonnes idées de l’opus précédent, mais aussi en rajoutant de nouvelles règles très vaches. Parmi les premières, on retrouvera les fameux pièges qui se déclencheront au passage du perso sur telle ou telle case (avec différents effets comme la confusion, la paralysie, l’empoisonnement, l’envoi du perso à un autre endroit du niveau, etc.), la notion de satiété (Shiren devra manger en temps et en heure sous peine d’avoir le ventre vide et, par voie de conséquence, de voir sa jauge de vie se vider à vue d’œil), les objets piégés ou envoûtés qu’il faudra penser à faire exorciser (sous peine de ne pouvoir s’en défaire une fois ceux-ci équipés sur Shiren), ou encore les fameux parchemins (toujours centrés sur la magie avec, pour certains, des sorts particulièrement puissants… ou pas).

Les nouveautés introduites par Furai no Shiren sont tout aussi nombreuses et ont surtout le mérite de donner nettement plus de corps au titre, de le rendre plus varié, plus diversifié. Ainsi, des villages, havres de paix et véritables checkpoints, sont présents à peu près tous les quatre niveaux: Shiren pourra y acheter ou vendre des objets utiles auprès du marchand du coin, voire même en voler si il n’a pas assez d’argent sur lui (mais dans ce cas-là, attention aux représailles, car notre héros risque d’y laisser sa peau). Toutes aussi utiles: la possibilité pour Shiren de se transformer en différents monstres en mangeant certains plats dans les donjons (il pourra alors utiliser la capacité du monstre en question), celle de faire forger ses armes (moyennant paiement) ou encore celle d’entreposer des objets importants pour éviter de les perdre si Shiren meurt (on les retrouvera alors dans le village de départ, Kobami Valley). Une option bien pratique, d’autant plus que l’on ne peut toujours porter qu’un nombre limité d’objets dans l’inventaire.

Il arrivera donc forcément un moment dans la partie où il faudra faire des choix quant aux objets à ramasser, à laisser sur place ou à entreposer, et ceci, malgré l’apparition des pots (qui pourront contenir plusieurs objets et qui permettront, du coup, de gagner un peu de place dans l’inventaire). Au cœur de l’action, dans les différents niveaux, Shiren croisera non seulement quantité d’ennemis en tout genres et de monstres (dont certains, bien sournois, qui pourront le transformer en boule de riz ou lui voler le peu d’argent qu’il transporte), mais aussi d’autres personnages qui ne seront jamais avares en conseils avisés. Un indice: écoutez-les (du moins si vous comprenez le japonais)! Ça ne mange pas de pain et ils sont souvent judicieux.

Certains vous demanderont de les aider, d’autres vous accompagneront un moment, c’est parfois utile, même si ces rencontres n’ont pas toujours que du bon (cfr le perso qui bouffe les rations de notre héros, ou celui qui plonge le niveau dans le noir, rendant la visibilité quasiment nulle). Enfin, pour couronner le tout, si vous êtes du genre à bien prendre votre temps, il faudra quand même faire gaffe de ne pas trop traîner dans un niveau, car si après deux avertissements, Shiren est toujours au même étage, un gros coup de vent l’emportera et le ramènera au point de départ du jeu. Pas gloup! Quand je vous disais que Furai no Shiren était dur et sans pitié, je n’exagérais pas…

Que la montagne est belle…

Avec sa représentation en 2D vue de haut, le moins que l’on puisse dire est que Furai no Shiren, tout comme Torneko no Daibouken en son temps, ne sacrifie pas la clarté et la lisibilité de l’action sur l’autel des effets spéciaux. Tout au plus a-t-on droit à quelques effets de transparence, notamment dans les étages de type « cave », avec un halo lumineux autour de Shiren et le reste du décor plongé dans la pénombre. Par contre, là où il y a une très nette amélioration, c’est bien dans la qualité même des décors et leur diversité: les villages où vous soufflerez un peu sont beaux (voire même très beaux pour certains) et les différents étages de notre fameuse montagne ne se limitent pas à une succession de couloirs sombres, anguleux et dépouillés.

Les environnements de type cave/caverne sont toujours bien présents, mais les claustrophobes se réjouiront de pouvoir aussi arpenter des niveaux en forêt ou en plein air. L’enrobage général du soft est aussi nettement plus soigné, avec une intro digne de ce nom qui pose bien le point de départ du scénario et des graphismes globalement plus fins, plus colorés et mieux animés. Les menus « in game » par contre restent toujours aussi austères: du texte et rien que du texte, tout en japonais! Ce qui n’aidera franchement pas ceux qui jouent sans savoir lire la langue de Mishima… Sans être d’une beauté à couper le souffle, la bande-son tient elle aussi le choc et a au moins le mérite d’avoir été façonnée par Koichi Sugiyama, le compositeur attitré des DraQue. Tantôt montant en intensité d’étage en étage, tantôt plus douces, presque limitées à de simples bruitages, les différentes partitions imaginées pour cet épisode sont réussies.

Un petit tour par la DS

Sorti en décembre 2006 au Japon (et en mars 2008 en Europe), Furai no Shiren DS est un remake pur et simple du jeu sorti en son temps sur Super Famicom. Les graphismes ont été à peine retouchés pour l’occasion: tout juste a-t-on désormais droit à de bien beaux artworks ajoutés dans les menus et sur l’écran supérieur de la petite portable. Avec un tel traitement, Shiren DS conserve donc une touche old school qui ne peut que ravir les fans de 2D bien faite. Même traitement pour la bande-son, qui conserve toutes les qualités et la vigueur de la version originale. La grosse nouveauté apportée par cette version DS tient surtout à son système de « sauvetage » via la connexion Wi-Fi.

Un autre joueur pourra en effet (contre une récompense sous forme d’item, ou à titre gratuit) ressusciter votre perso à l’endroit même où il est tombé, avec en prime tout son inventaire et toute son expérience durement accumulée. Mais il y a quand même une limite: au cours d’une partie, Shiren ne pourra être sauvé de cette manière qu’à trois reprises. Si il s’écroule une quatrième fois, il revient au tout début du jeu, comme d’habitude. Enfin, chose quasi inévitable, le jeu profite aussi de ce passage sur DS pour proposer, en sus, le maniement au stylet, mais il y a fort à parier que la très grande majorité des joueurs préfère jouer avec le combo indémodable « croix directionnelle + boutons », nettement plus naturel.

En conclusion

Petits joueurs: fuyez! Furai no Shiren est beaucoup plus complet et mieux fini que Torneko no Daibouken, mais il est aussi méchamment plus dur, ce qui, par conséquent, le destine à un public encore plus restreint que son aîné. On imagine sans peine que celui-ci est essentiellement composé de joueurs « addicts » au concept du dungeon-RPG (un genre sans concession, mais tellement gratifiant sur la longueur). Si vous en avez l’occasion (je dis bien « si », parce qu’elle a vraisemblablement été diffusée en peu d’exemplaires sur le marché européen), préférez plutôt la version DS du jeu. Elle est certes très peu remaniée sur le plan visuel, mais elle possède un atout de taille: une localisation tout en anglais, sésame indispensable pour bien comprendre tout ce qui se passe à l’écran.

Note finale
 
Technique     Musique  
Par rapport aux aventures de Torneko, c’est le jour et la nuit, et pas seulement parce que l’on n’est pas dans le même univers. Les équipes de ChunSoft ont pris de la bouteille et exploitent bien mieux la Super Famicom: environnements à la fois beaux et variés, graphismes plus fins et intro qui fait plaisir.   Les musiques de Furai no Shiren portent la patte de Koichi Sugiyama, le compositeur attitré de la série Dragon Quest. Tantôt intenses, tantôt nettement plus douces, presque réduites à de simples bruitages, elles sont dans l’ensemble réussies.
Gameplay     Durée de vie  
On prend les mêmes et on recommence… ou presque. Le gros du gameplay est repris de Torneko no Daibouken, ce qui n’est pas une critique, loin de là. Cet épisode apporte quand même quelques nouveautés non négligeables (différents villages avec marchands, entrepôt des objets, forge des armes…).   Énoooorrrmmmme est la durée de vie de Furai no Shiren. C’est bien simple: il n’y a pas de sauvegarde de votre progression (on peut juste sauver pour interrompre la partie en cours, et une fois la partie reprise, cette sauvegarde disparaît) et quand on meurt, on recommence au début du jeu…
Innovation    
Torneko no Daibouken avait déjà pas mal posé les bases de la mécanique « dungeon-RPG ». Furai no Shiren les récupère, mais en profite aussi pour affiner certains points et rajouter quelques détails bien pensés. Une sorte de petite révolution dans la continuité en somme. Allez, ça mérite un bon 12/20.  
Infos pratiques
Développé par Chun Soft
Édité par Chun Soft
Sorti le 01.12.1995 (Japon) (1)
Pas sorti aux USA
Pas sorti en Europe
  dungeon-RPG démoniaque
1 seul joueur
Cartouche de 32Mb
Sauvegarde ponctuelle (2)
Existe aussi sur Nintendo DS (3)
(1) le jeu sera réédité le 1er août 2000 au Japon, via le service Nintendo Power
(2) pas de sauvegarde de la progression, mais on peut sauvegarder pour interrompre une partie en cours
(3) version DS sortie le 14 décembre 2006 au Japon et le 28 mars 2008 en Europe
voir aussi dans la même série
Torneko no Daibouken -Fushigi no Dungeon-
plus loin
Furai no Shiren ne se contente pas d’offrir un donjon bien ardu de 30 étages. Une fois celui-ci terminé, ce sont trois autres donjons « annexes » qui s’offrent au joueur émérite. Vu la difficulté du titre, il est inutile de vous préciser que très peu de gamers en ont vu la couleur…
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