n'est pas konami qui veut

Bram Stoker’s Dracula

Les rapports entre Nintendo et Sony, on le sait, ont souvent été tumultueux, et cela commence désormais à remonter loin. Le bon sens veut que cette rivalité remonte peu ou prou à l’avènement de la Playstation ; le bon goût, lui, hasarderait que Sony a édité en 1993 Last Action Hero et Cliffhanger, deux beat’em all adaptés des films éponymes, mais surtout deux des plus belles daubes qu’ait connu la SNES. Il est vrai que Sega avait connu les mêmes faveurs, mais tout de même… La passe de trois a-t-elle été réussie avec Bram Stoker’s Dracula, ou Sony Imagesoft avait-il revu ses fréquentations entre-temps ?

Manque d’inspiration, quand tu nous tiens …

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 01)Peu importe que vous appréciiez ou non l’œuvre controversée de Francis Ford Coppola, qui a occasionné la sortie du jeu, car ce dernier ne la respecte de toute façon en rien. Le choix de l’action/plate-formes a d’ailleurs de quoi surprendre, et on soupçonne d’entrée l’exploitation de licence juteuse pour pas cher : un jeu d’aventure, comme l’était par exemple Dracula : The Undead sur la Lynx, aurait semblé une alternative plus intéressante, mais soit. Bram Stoker’s Dracula, donc, vous propose de traverser neuf niveaux reprenant de temps à autre certains lieux du film. Divisés en plusieurs zones alternant les scènes d’intérieur, comme la taverne ou l’Abbaye de Carfax, et les excursions en plein air (forêt, cimetière…), ils mettront Jonathan Harker aux prises avec un vaste bestiaire parfaitement “transylvanien” : araignées, rats, squelettes et chauve-souris pullulent et compliquent singulièrement la progression – c’est un peu le but, me souffle t-on. À noter tout de même la présence d’adversaires assez miteux, comme les ivrognes roumains lanceurs de bouteille et les chiens de chasse anglais qui, s’ils apportent certainement un brin de variété, ne servent pas l’ambiance.

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 02)Fidélité ou pas à l’univers de Bram Stoker, les premiers instants de jeu sont à leur façon parfaitement effrayants : au premier coup porté, le héros croit en effet bon de dégainer une sorte de couteau à beurre que l’on croirait tout droit sorti de Lagoon – vous savez, ce petit A-RPG qui fut, et ça se voyait sans peine, l’un des premiers du genre sur le support. Même cause, même effet : on se fait ainsi allègrement rosser lors des premiers affrontements, d’autant que les ennemis s’avèrent plutôt vifs, avec des mouvements parfois difficiles à anticiper, et que les déplacements de Jonathan n’ont pour leur part rien d’un modèle de précision (notamment au moment de s’immobiliser). Ça commence bien… Par chance, il mettra rapidement la main sur une véritable épée qui, si elle ne résout pas complètement les approximations du gameplay, permet au moins de disposer d’une portée plus décente et de porter l’estocade plus efficacement.

Plus de mal que de peur

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 03)La jouabilité devient alors correcte – surtout que les commandes répondent assez bien – mais reste franchement frustrante, pour ne pas dire horripilante, par moments. Le pompon dans ce domaine revient sans doute à certains pièges, dont le grand classique présenté sur l’image ci-contre : les piques qui se dressent alternativement. Une épreuve rencontrée dans tellement de jeux qu’on pourrait presque la surmonter les yeux fermés… sauf que pour ne pas être trop agaçant, ce genre de passage se doit de respecter au moins deux règles évidentes : un espacement des pointes suffisant pour pouvoir s’y glisser sans trop de mal et, si jamais le personnage vient à être touché, une très brève invincibilité qui permet de rectifier rapidement le tir… Évidemment, Bram Stoker’s Dracula se moque royalement de ces principes, et pour peu qu’une araignée décide de passer par là au même moment, on comprend vite que le grand nombre de vies et continues alloué en début de partie n’a rien d’un luxe.

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 04)Pourtant, le vrai mal de Bram Stoker’s Dracula se situe clairement moins dans ces errements que dans l’agencement même des niveaux, qui sont mal pensés au possible et confinent sur certains points au grand n’importe quoi. Dans la plupart des tableaux en espace clos, il faudra ainsi suivre une flèche ; celle-ci indique en fait la position de Abraham Van Helsing qui, une fois rejoint, évoquera une arme située dans le niveau (généralement rien de décisif, par exemple des bâtons de dynamite inutilisables puisqu’ils rebondissent comme des balles de tennis, ou un fusil). Libre ensuite au joueur de partir à la recherche de l’item… ou bien de gagner directement la sortie, qui est miraculeusement apparue et lui est dès lors signalée ! D’une absence totale de logique, ce cheminement est en outre aussi répétitif que fastidieux, et si les niveaux ne se traversaient pas aussi rapidement, l’ennui poindrait bien vite.

Le challenge dans la nonchalance

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 05)En raison des soucis de jouabilité évoqués plus haut, et à moins de choisir le mode de difficulté le plus bas (qui ne comporte que quatre scènes au lieu de neuf et offre une fin des plus factices), Bram Stoker’s Dracula est vraiment difficile à terminer. Prises séparément, les différentes zones ne présentent rien d’insurmontable avec un peu de pratique ; mais toutes les boucler d’une traite, avec le caractère très aléatoire de la progression, est une autre paire de manches. À moins de jouer sur un émulateur, c’est pourtant la gageure qu’il faudra accomplir pour voir l’épilogue, puisqu’aucun système de sauvegarde n’est intégré – pas même par mot de passe… Assez paradoxalement, les passages les moins éprouvants sont de loin les combats contre les boss qui, bien que très gros et tout aussi vilains, sont proprement calamiteux : inoffensifs au possible, ils ne font pas une seconde appel à l’intelligence du joueur et se torchent les mains liées dans le dos. Dommage, car leur présence aurait pu au contraire être un plus et nettement dynamiser l’ensemble.

Bram Stoker's Dracula Super NES (screenshot 06)Si le tableau apparaît jusque-là des plus négatifs – sans doute parce qu’il l’est quand même franchement -, il faut néanmoins reconnaître au titre de Psygnosis certaines qualités : ses musiques tout d’abord, qui sans être inoubliables sont variées, dynamiques et bien en adéquation avec l’ambiance. Plus globalement, l’envie de bien faire et de retenir le joueur devant son pad est indéniable, avec une réelle volonté de varier les lieux, les ennemis, et dans une moindre mesure les situations (les derniers chapitres sont ainsi nettement plus orientés vers la plate-forme pure). Rien à faire pourtant, la mayonnaise ne prend jamais vraiment : on passe surtout son temps à pester contre l’imprécision des sauts, les monstres qui réapparaissent au moindre scrolling, les chutes trente centimètres plus bas sans pouvoir repérer le ridicule rat qui nous y attend. Que penser enfin de l’absence totale de scénario, avec des niveaux qui s’enchaînent sans la moindre cohésion : passer d’une forêt à une abbaye, pourquoi pas, mais lorsqu’on connaît le pourquoi du comment, c’est encore mieux.

En conclusion

Il serait évidemment assez tentant d’établir une comparaison avec le mythique Castlevania – Rondo of Blood, sorti la même année sur PC-Engine, mais ce serait de la méchanceté gratuite et le parallèle tournerait vite à l’exécution sommaire. Bram Stoker’s Dracula repose sur de bonnes intentions et avait le potentiel pour être un petit jeu assez sympathique, mais il souffre finalement de tant de lacunes qu’il se révèle au contraire ennuyeux, sans imagination et trop souvent irritant. À voir par simple curiosité : à l’évidence, la plate-forme sur Super Nintendo a connu des représentants bien plus inspirés.

Note Finale
Technique – 5 /10

En dépit d’une certaine absence de cachet, sprites et décors sont soignés, au contraire de l’animation qui semble franchement bâclée : la démarche du héros, qui semble glisser plutôt que marcher, est particulièrement ridicule. Le design général ne fera pas date, tant en ce qui concerne l’organisation des niveaux – qui ont tout de même le mérite d’être variés –  que les divers ennemis.

Musique – 6 /10

La bande-son est assez réussie et contribue à instaurer une ambiance efficace : aucun air inoubliable au programme, mais l’ensemble se tient largement. Des bruitages discrets mais bien intégrés à la progression viennent compléter ce bilan plutôt positif.

Gameplay – 3 /10

C’est le principal point faible du titre, la faute à des déplacements mal calibrés et à des armes de jet bien trop rares obligeant à abuser du corps-à-corps. Les combats n’ont dès lors rien d’amusant et encore moins de technique, et on est souvent expédié ad patres sans trop savoir ce qui s’est réellement passé…

Durée de vie – 5 /10

Étant donné l’absence totale de sauvegarde et le faible nombre de potions de soin, finir Bram Stoker’s Dracula dans les conditions de jeu originales tient vraiment de l’exploit. Le jeu n’est pourtant que moyennement long et n’occuperait guère plus qu’un après-midi s’il était possible de conserver sa progression…

Innovation – 3 /10

Un action/plate-forme tout ce qu’il y a de plus conventionnel, voilà encore la meilleure façon de définir Bram Stoker’s Dracula. Le jeu est extrêmement limité en termes de possibilités et se contente de reprendre ce qui a déjà été fait maintes fois ailleurs, de façon minimaliste et souvent peu brillante.

En résumé
Pétri de bonnes intentions, Bram Stoker’s Dracula frise quand même le grand n’importe quoi. Dommage…
4
Mauvais

Infos Pratiques
Développé par Psygnosis/Traveller’s Tales
Edité par Sony Imagesoft
Sorti en 11.1993 (USA)
Sorti en 1993 (Europe)
Pas sorti au Japon
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 8Mb
Pas de sauvegarde
Existe aussi sur Megadrive
Plus Loin
Bram Stoker’s Dracula se décline en trois principales versions, celle présentée ici étant l’apanage de la Super Nintendo et de la Megadrive. Les consoles 8 bits (Master System, NES, Game Boy) eurent elles droit à un petit titre qui, sans casser trois pattes à un canard, était plutôt agréable à jouer. Enfin, la Mega-CD a accueilli un beat’em all dont le seul intérêt, à peu de choses près, était de reprendre les décors du film.
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