le règne de la motion capture ?

Mortal Kombat

S’il y a bien un jeu qui a fait parler de lui à sa sortie, c’est bien celui-là. Mortal Kombat fut, en ces temps, le grand concurrent de l’indétrônable Street Fighter II (Capcom), au même titre que Fatal Fury, Art of Fighting, World Heroes, Clay Fighters, Eternal Champions et autres déclinaisons de Dragon Ball Z.

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 01La concurrence était rude, surtout sur consoles. Mais Mortal Kombat apportait beaucoup de nouveautés à un genre qui avait du mal à se renouveler. Entièrement réalisé en Motion Capture (les persos comme les décors sont filmés puis digitalisés), le contexte graphique est alors une révolution. Les personnages (au maigre nombre de sept) sont plus vrais que nature et l’animation est très fluide. Mais les originalités ne s’arrêtent pas là. Surveillés par un arbitre, ce dernier fait ses petits commentaires tout au long du jeu, selon qu’il apprécie ou non le spectacle.

Du sang et des “fatalités”

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 02Mortal Kombat fut révélé comme un titre hyper violent et pour cause, il y a des litres d’hémoglobine qui jaillissent du perso qui en prend pour son grade. Et ce n’est pas tout, à la fin des deux rounds remportés, le désormais culte “Finish Him” apparait et vous pouvez réaliser une “fatalité” avec une manipulation (pas facile à faire) en vue de littéralement broyer le perdant. C’est du genre balancer l’opposant en contre-bas alors qu’il y a des piques, lui arracher la tête ou encore le carboniser. Ces “fatalités” sont donc très sanglantes et à côté d’un Fatal Fury (plus proche des jeux de l’époque) qui ne distillait aucune goutte de sang, c’est sûr, ça a dû en choquer plus d’un. Pour mettre tout ça en scène, nous avons une intro minimaliste (avec tout de même un texte explicatif) et des fins assez sympas (pour le genre).

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 03Comme je le disais à l’instant, les persos jouables sont au nombre de sept. Il est clair que c’est très maigre, mais contrairement à Street Fighter II, les deux jumeaux ont de vraies différences. D’ailleurs, si le hit de Capcom a commencé à huit persos jouables, la même année que Mortal Kombat (1992), ils sont passés à douze avec la Champion Edition. La comparaison joue en défaveur du jeu de Midway. En vue de rallonger la durée de vie, l’ascension se déroule en trois temps. Le premier d’entre eux, assez facile avouons-le, nous fait affronter les autres prétendants au titre, plus notre double (qui peut s’avérer très chiant dans le cas de Sub-Zero).

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 04Viennent ensuite les “matches d’endurance” et là, les problèmes commencent. On affronte deux ennemis à la suite, sans reprendre des forces (même pas un peu). Certes, les affrontements sont généralement courts (rarement plus de vingt ou trente secondes) mais on emporte souvent la victoire de justesse. Du coup, ces trois matches là sont les premiers freins à notre victoire. Viennent ensuite Goro (sorte de monstre à quatre bras) et Shang Tsung (un maître chinois – le même qui vous observe depuis le début – et qui peut prendre la forme de n’importe qui… pouvoirs compris !). Ces deux boss sont particulièrement difficiles à battre. Au passage, on aura également de classiques bonus-stages où on doit briser des planches de bois, de pierre ou d’acier. À noter qu’il existe aussi un personnage caché, particulièrement difficile à battre et surtout, à dénicher. Son petit nom est Reptile : il ressemble à Scorpion/Sub-Zero en nettement plus agressif.

Un peu brouillon tout ça

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 05Mortal Kombat est donc difficile à souhait, mais ça vient également d’un sérieux manque d’équilibrage. En effet, un enchaînement bien placé peut vous coûter jusqu’à 70% de la barre de vie ! Et ça encore, c’est pas le pire. Les plus réprimandables défauts du jeu sont une garde activée par une touche (Start sur Mega Drive/Mega-CD, les gâchettes sur Super Nintendo) et le manque de précision de la jouabilité. Certes, la garde via une touche est originale, mais c’est loin d’être aussi “naturel” et rapide d’exécution que la simple et coutumière direction en arrière. À mes yeux, originalité ou pas, c’est une aberration pour un beat-them-up.

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 06Et puis la jouabilité n’aide pas. Les coups ne sortent pas avec la facilité qui devrait les caractériser, et tout le contrôle n’a pas cette “précision” qu’on retrouve dans les softs de Capcom ou SNK. D’ailleurs, les coups “normaux” ont une base commune à tous les persos. Du mitraillage de coups de poings dans la gueule, au coup de pied bas retourné en passant par la méga-praline dans les gencives, ces coups seront communs aux sept protagonistes jouables. À côté de ça, ils auront évidemment leurs attaques propres et des fatalités uniques.

L’arcade, au chausse-pied, dans une cartouche de 16Mb

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 07À l’origine développé par Midway pour l’Arcade, notre version console a été confiée à Sculptured Software. Un développeur capable du meilleur (trilogie des Super Star Wars) comme du pire (des navets issus de l’univers des Simpson entre autre). Nos sept personnages sont issus de vraies personnes, qui ont été motion-capturées afin de donner cette patte graphique unique. Midway a donc essayé de minimiser les postures impossibles à réaliser (comme un Hurrican Kick par exemple) mais ça n’empêche pas le jeu de proposer quelques coups spéciaux surréalistes.

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 08L’animation est particulièrement fluide. Belle nouveauté pour l’époque : l’ombre est fidèle (c’est pas un vulgaire rond sous les pieds du perso). Et les décors font preuve d’une certaine originalité. Il est sûr que comparer Mortal Kombat à un Art of Fighting ou un Fatal Fury 2, tellement plus classiques avec leur aspect “dessin animé”, lui donne l’assurance de ne pas plagier les voisins. Maintenant, notre version console a forcément souffert du portage. Normal, la cartouche passe à seulement 16Mb (96Mb pour le jeu d’Arcade) et à mon avis, avec une cartouche de 24Mb, les données auraient été moins à l’étroit (mais en 1992, c’était encore extrêmement rare).

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 09En résulte des graphismes forcément moins détaillés et des animations légèrement plus hachées. Pourtant, tout est là : les six décors (plus un caché) répondent présent, les bonus-stages, les musiques, chaque coup et même Reptile, qui aurait pu passer à la trappe par manque de place. Tout de même, cette version Super Nintendo souffre moins du portage que celle sur Mega Drive. Il faut dire qu’elle peut afficher quatre fois plus de couleurs, donc, ça aide forcément. Mais elle reste quand même un cran en-dessous de l’Arcade, avec notamment des sprites plus petits et surtout, politique de non-violence de Nintendo, une totale disparition du sang.

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 10Si sur Mega Drive, un code permet de le réactiver, les joueurs Super NES n’ont eu droit qu’à une version épurée, faisant de celle-ci la moins fidèle des trois selon les fans. Plus de sang et des fatalités moins violentes, et surtout moins gores, le jeu y perd forcément en identité et en attrait. Enfin, le son est d’une qualité honorable dans l’ensemble. On profite de musiques assez originales et qui se prêtent bien aux décors (même si on est loin d’avoir de belles mélodies, au moins celles-ci collent bien à l’ambiance particulière du jeu) et de bruitages particulièrement dynamiques, ce qui souligne encore plus la violence de certains coups.

Mortal Kombat Super Nintendo screenshot 11Personnellement, j’aime bien Mortal Kombat, mais soyons objectifs et honnêtes, il n’est pas terrible pour autant. Disons qu’il pose pas mal d’originalités et un graphisme pour le moins changeant des habituels rounds façon dessin animé. On ne peut même pas dire que c’est une bonne alternative à Street Fighter II, tant les deux jeux ne se ressemblent que dans leur genre. En plus, Mortal Kombat parait complètement injouable à côté du suprême maniement de ce dernier (les coups spéciaux peinent à sortir et la protection via une touche est une gageure, une ineptie qui bride le plaisir).

En conclusion

Pourtant difficile de le renier, Mortal Kombat est un jeu mythique, particulièrement non-conformiste, peut-être même un peu bizarre et fantaisiste dans sa propension à vouloir offrir quelque chose de plus réaliste. Quant au comparatif Mega Drive/Super Nintendo, en l’état, les deux versions sont très proches mais l’une apporte un son de qualité et des graphismes bien plus beaux, quand l’autre est nettement plus respectueuse de l’œuvre originale en proposant de réactiver le sang et le gore du jeu d’Arcade. Mais les faits sont là, Mortal Kombat est unique en son genre, il est violent (quoique pas trop sur cette version honteusement amputée de son gore) et c’est ce qui le rend si agréable à jouer. Certes, il ne fait pas le poids face à certains mastodontes du genre, mais offre ce qu’aucun autre ne propose. Et c’est là sa plus grande force.

Note Finale
Technique – 7 /10

Du beau travail, surtout sur cette version Super NES : les combattants sont “motion capturés” et leurs animations sont fluides, ils bénéficient d’ombres fidèles à leur morphologie, et les décors font preuve d’une certaine originalité.

Musique – 7 /10

Les musiques sont assez originales et se prêtent bien aux différents décors. Les bruitages sont quant à eux particulièrement dynamiques et soulignent encore plus la violence de certains coups.

Gameplay – 6 /10

Les coups ne sortent pas avec une grande facilité, et le contrôle n’a pas la précision que l’on retrouve dans des titres concurrents. La garde, ici associée à un bouton du pad, n’est pas aussi “naturelle” que les traditionnelles flèches gauche / droite en fonction de la position du perso.

Durée de vie – 7 /10

Correcte, grâce à une ascension en trois temps : affronter les autres combattants et son double, sortir vainqueur de trois matches d’endurance, et enfin venir à bout de deux boss particulièrement difficiles à battre.

Innovation – 7 /10

Différent, Mortal Kombat cultive sa différence à grands renforts de motion capture et de gore. Et c’est ce qui fait toute sa force.

En résumé
Violent et unique en son genre, Mortal Kombat mérite sa place dans la ludothèque Super NES.
7
Bon

Infos Pratiques
Développé par Sculptured Software
Édité par Acclaim
Sorti le 24.12.1993 (Japon)
Sorti le 13.09.1993 (USA)
Sorti le 28.10.1993 (Europe)
combat
1 à 2 joueurs
Cartouche de 16Mb
Pas de sauvegarde
Existe aussi sur MD, Mega-CD, GB, arcade…
Voir aussi, dans la même série
Plus Loin
Si la version Super NES a hérité des plus beaux graphismes, elle a aussi été censurée : le sang a été transformé en sueur jaunâtre, et les “Finish Him” ont été édulcorés. La version destinée à la Megadrive avait subi les mêmes modifications, mais comme dit dans le test, un code permettait de retrouver le sang et les “Fatalités” de la borne d’arcade. Les graphismes y étaient cependant de qualité moindre, tout comme l’environnement sonore. Un an plus tard, le Mega-CD accueillera lui aussi Mortal Kombat, avec l’ajout d’une intro, une nouvelle bande-son et le gore activé d’office… mais sans aucun autre ajout ou amélioration notable par rapport à la version cartouche.
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Crédits
Version originale du test sur Gravitorbox.
Repris sur la MdP avec l'autorisation de iiYama.
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