un roi présomptueux

Majyuuou

Découvert au détour d’un screenshot sur RVG Fanatic, Majyuuou (un titre bien japonais, souvent appelé “King of Demons”, soit le roi des démons) m’a tout de suite intrigué, essentiellement à cause de son look inhabituel. Ce jeu d’action pure, que l’on pourrait qualifier de sombre, de sanguinolent, voire même, à la limite, de morbide, est en tout cas plus mature que la grande majorité des softs qui tournent sur Super Famicom.

Majyuuou Super Famicom screenshot 01Mais il n’y a pas que cela. Une fois le pad en main, on se rend compte que KSS, son développeur, s’est probablement inspiré de “grosses pointures” du jeu d’action, et en grattant un peu le vernis de ce titre, on peut déceler dans Majyuuou l’influence du très renommé Super Castlevania IV (c’est surtout vrai pour le début du jeu, où le héros, Abel, bouge et se contrôle presque comme un membre de la famille Belmont) ou, sur une console concurrente, du très arcade Altered Beast (pour la capacité donnée à ce même héros de se transformer au fur et à mesure de sa progression dans l’aventure). Avouez qu’il y avait là matière à titiller ma curiosité…

Pacte démoniaque et sacrifices

Majyuuou Super Famicom screenshot 02Si, à force de sauver des princesses et des royaumes, on en viendrait presque à oublier l’utilité d’un bon pitch de départ, véritable déclencheur pour se jeter à corps perdu dans l’aventure, avec Majyuuou, il y a peu d’inquiétude à avoir car, question scénario, le jeu est blindé et envoie du lourd. Maria et Iria – respectivement, la femme et la fille du héros Abel – ont été kidnappées par un de ses amis, Bayer. Ce dernier a conclu avec Lucifer un pacte dont les termes sont on ne peut plus simple : en sacrifiant la famille du héros, Bayer permettra au démon de ressusciter et recevra, en échange, la faculté de se transformer lui-même en un être démoniaque aux pouvoirs énormes. C’est à ce moment précis que le joueur entre de plein pied dans l’histoire.

Majyuuou Super Famicom screenshot 03Après avoir trucidé Maria, Bayer est sur le point de faire de même avec Iria, mais Abel surgit in extremis pour l’en empêcher. Après une brève confrontation, bien inégale, entre l’homme et le démon, Abel meurt… Mince. Tout espoir est donc perdu ? On éteint déjà la console et on range la cartouche ? Meuuuuhhh non… Il y a un bon gros coup de théâtre ! L’esprit de Maria ramène notre héros à la vie. Et maintenant qu’il est armé d’un révolver efficace, il parvient à mettre Bayer en déroute, du moins pour le moment. Désormais accompagné et protégé par l’esprit de sa femme, Abel peut traquer Bayer et ses sbires au sein d’un univers cauchemardesque, avec pour seul objectif de retrouver vivante sa fille Iria…

Le soufflé retombe assez vite

Majyuuou Super Famicom screenshot 04Difficile de savoir où les développeurs ont cherché à placer l’action de leur jeu. Probablement l’Enfer, peut-être un univers parallèle, ou alors une Terre dévastée après un quelconque cataclysme… Difficile à dire, mais d’après les différents niveaux proposés, il y a probablement un peu de vrai dans ces trois possibilités. Abel commence son expédition punitive dans une sorte de caverne humide, peuplée – entre autres – de zombies, et décorée avec des cadavres suspendus au plafond. Accessoirement, il y a aussi un ver géant, façon Dune, qui hante ses galeries… Les têtes éclatent sous les balles du revolver d’Abel, le sang gicle et en arrière-plan, on aperçoit des individus enchaînés qui semblent implorer l’aide du héros.

Majyuuou Super Famicom screenshot 05Le second niveau est synonyme de retour à l’air libre. Ici, c’est un monde de désolation qui s’offre à nos yeux : des buildings sont en ruine, recouverts d’une végétation abondante, et des plantes plutôt agressives croqueraient bien de l’humain au petit déjeuner. Les boss valent aussi le détour : une sorte de serpent aux mouvements imprévisibles à mi-parcours, et un hybride mi-femme / mi-plante comme plat de résistance ! Une fois ce dernier dégommé, Abel se retrouve ensuite à jouer les équilibristes sur le toit d’un train en mouvement qui le mène tout droit à l’antre de Bayer…

Majyuuou Super Famicom screenshot 06Comme vous pouvez le voir, la première moitié du jeu démarre sur les chapeaux de roues. Elle est originale, pleine de promesses, et l’action est intense. Bref, on s’amuse. Malheureusement, cet état de grâce ne dure pas, car pour la suite et la fin de Majyuuou, c’est un peu la désillusion qui prévaut, avec un programme nettement plus conventionnel : un niveau de glace assez joli (classique…), un niveau de lave aux couleurs chaudes (re-classique…), le retour des différents boss et sous-boss (qu’il faudra affronter à la chaîne), et enfin le combat final pour éliminer Bayer.

Abel ne court pas : il roule !

Majyuuou Super Famicom screenshot 07Pour prendre un raccourci un peu simpliste, on pourrait dire, d’entrée de jeu, que Majyuuou est en quelque sorte un Castlevania avec un flingue. Ce qui n’est pas totalement faux… mais pas totalement vrai non plus, vu qu’on observe quand même quelques différences de taille entre les jeux de la série de Konami et celui de KSS. Tout comme les représentants du clan Belmont, Abel est un petit gars en grande forme physique : sauts simples et doubles, glissades et roulades vers l’avant n’ont aucun secret pour lui. Ça tombe bien : ces deux derniers mouvements sont indispensables si on souhaite déplacer le héros un tant soit peu rapidement, car, je vous le donne en mille, ce cher Abel ne sait pas courir ! Ce qui est assez handicapant face à certains boss…

Majyuuou Super Famicom screenshot 08Un peu dans le même registre : il tire comme un beau diable avec son arme, mais celle-ci n’est pas “upgradable”, contrairement à ce que proposent les jeux de Konami. En d’autres mots, elle ne permet pas de lancer des projectiles différents ou plus efficaces. On est donc loin de la souplesse offerte par un Contra III ou un Super Castlevania IV, des titres qui font la part belle aux items en tout genre. Par contre, dans Majyuuou, un tir chargé, plus dévastateur mais demandant plus de préparation, est possible. C’est d’ailleurs la raison d’être de la seconde jauge présente, en permanence, juste en-dessous de la jauge de vie d’Abel.

Esprit es-tu là ?

Majyuuou Super Famicom screenshot 09Comme je vous l’ai soufflé quelques paragraphes plus haut, pour sortir de ce cauchemar, Abel pourra aussi compter sur l’aide de sa femme disparue. L’esprit de celle-ci est en fait représenté par une sorte de petite fée qui virevolte aux côtés du héros. Quand il tire avec son arme, elle va attaquer les mêmes ennemis, lui mâchant une partie du travail. À certains endroits du jeu, c’est une aide non négligeable… Mais sa fonction la plus importante est celle de “vie de réserve” : si Abel meurt, l’esprit de Maria le ressuscite puis disparaît. Et notre héros de continuer, comme si de rien n’était, le niveau en cours ou le combat contre le boss du coin, sans perdre une précieuse vie… À noter que quelques items, bien trop rares, permettront par la suite de “récupérer” l’esprit de Maria si celui-ci a déjà été utilisé.

Majyuuou Super Famicom screenshot 10Autre avantage d’un tel système : celui de conserver une jauge de vie plus grande que la normale. Je ne vous l’avais pas encore dit, mais au fur et à mesure du score réalisé, la jauge de vie d’Abel va augmenter par paliers. Or, s’il meurt et qu’un “continue” est utilisé, la fameuse jauge retombe à sa taille initiale. C’est là qu’intervient le second effet Kiss Cool de l’esprit de Maria : avec son intervention, Abel conserve le bénéfice d’une jauge plus grande que la normale, et peut continuer le niveau en cours. Intéressant et sympa, non ? Pourtant, pour tout original qu’il est, ce mécanisme n’occupe qu’une toute petite place dans le jeu, et c’est bien dommage. Il s’efface même devant l’autre – grosse – originalité du titre : les transformations du héros en démons…

Héros aux multiples facettes

Majyuuou Super Famicom screenshot 11Après avoir vaincu les boss des premier, deuxième et quatrième niveaux, Abel tombera sur une gemme un peu spéciale qui change continuellement de couleur, entre le bleu, le vert et le rouge. Le principe est le suivant : en tirant dessus au bon moment, le joueur peut choisir une des trois couleurs, chaque couleur correspondant à une des formes démoniaques du héros. Une fois la gemme attrapée, Abel se transformera à grands renforts d’effets pyrotechniques, et aura à disposition des pouvoirs sans commune mesure avec ceux d’un être humain. Quelle que soit la forme démoniaque choisie, le double saut sera toujours d’actualité, tout comme le tir chargé, mais le héros se déplacera un peu moins vite.

Majyuuou Super Famicom screenshot 12En démon rouge, deux petites ailes lui poussent dans le dos, et il peut lancer des demi-arcs de cercles verts tournoyants. C’est efficace, la portée de cette attaque étant assez longue. Anecdotique : sous cette forme, la roulade est remplacée par un salto vers l’avant. En démon vert, Abel reçoit une arme puissante (un peu comme Cobra, le héros de Buichi Terasawa, un rayon laser sort de son avant-bras) mais pas toujours très pratique. Quant à son pouvoir de téléportation, il est plus lent que la roulade et du coup, désavantage notre héros quand il est attaqué… Enfin, en démon bleu, Abel prend la forme d’une sorte de dragon. La bestiole dispose de la meilleure puissance de feu : en bon dragon, elle crache des boules d’énergie. Ici, pas de téléportation ou de salto : le dragon effectue juste un assaut rapide vers l’avant.

Majyuuou Super Famicom screenshot 13Une fois changé en démon (quelle que soit l’une des trois formes), Abel pourra se nourrir du sang de certains ennemis avec, à la clé, une augmentation de son énergie. Le gain est minime et pas sans risques (pendant qu’il joue à Dracula, d’autres ennemis peuvent l’attaquer), mais c’est assez fun… Le choix des différentes transformations ne doit pas être pris à la légère, car il va aussi déterminer quelle fin sera donnée en pâture au joueur. Eh oui ! Selon un schéma bien connu, Majyuuou propose non pas une, mais deux fins (une “bonne” et une “mauvaise”), dont le déclenchement dépendra directement des transformations effectuées en cours de partie.

Majyuuou Super Famicom screenshot 14Pour doper un peu plus la replay value de leur jeu, les développeurs se sont aussi montrés inventifs et ont imaginé d’autres possibilités, en dehors de l’optique “recherche de la meilleure fin”. Ainsi, en adoptant chacune des trois formes démoniaques, Abel aura accès à une quatrième transformation, inédite. Le joueur pourra aussi s’amuser à prendre trois fois la même forme démoniaque : dans ce cas précis, Abel accèdera à une version améliorée de la forme en question (son sprite devient noir et peut alors lâcher des attaques plus puissantes). Enfin, si on veut se la jouer “hardcore gamer”, on pourra aussi tout simplement refuser d’utiliser les possibilités offertes par les transformations et parcourir tout le soft en humain. On fait alors une croix sur la “bonne” fin, mais on ne cède pas à la facilité. Question de choix…

Budget serré, mais résultat de qualité

Majyuuou Super Famicom screenshot 15Plus que toute autre chose, dans Majyuuou, c’est la qualité des différents décors imaginés pour le jeu qui impressionne. Le titre n’a certainement pas bénéficié d’un énorme budget, mais le rapport qualité / prix est excellent ! Les environnements sont beaux, variés, parfois convenus, et il s’en dégage une atmosphère assez unique qui contribue pour beaucoup à l’affection que l’on peut avoir pour le titre. Leur level design est par contre commun, avec seulement une toute petite fantaisie sur la fin du jeu, mais qui est amenée sans grande finesse (en gros, il y a une clé à récupérer dans un coin du niveau pour pouvoir ensuite continuer à avancer). Si elle peut étonner en début de partie, la petite taille des sprites (que ce soit pour Abel ou les ennemis) n’est pas spécialement gênante. C’est un choix assumé par les développeurs, que l’on retrouve aussi chez les boss : à part deux ou trois d’entre eux qui utilisent les effets de la console, ils ne font jamais dans l’extravagance.

Majyuuou Super Famicom screenshot 16Côté musiques, Majyuuou fait appel à deux noms relativement connus dans le métier : Hiroshi Iizuka (qui a bossé sur Langrisser III) et Tomohiro Endo (auteur des compositions d’Ys IV : Mask of The Sun). Mais malgré leur présence, les partitions musicales ne sont pas à ranger du côté des points forts du titre : certaines sont timides, faisant plus penser à des musiques d’ambiance qu’à autre chose, alors que d’autres sont plus mémorables (comme celles du troisième stage – le train – ou celle du stage final), même si elles ne collent pas toujours à l’atmosphère du stage en cours.

Le roi des démons reste nippon

Majyuuou Super Famicom screenshot 17Contrairement à ce que laisse entrevoir ses premiers niveaux, Majyuuou n’est pas spécialement malsain ou sanglant, du moins pas dans l’excès. Mais il n’est pas sorti en Occident pour autant. Ce qui a probablement coincé au moment d’envisager sa sortie hors du Japon, c’est son côté adulte, mature, et les différentes représentations qui en découlent. Les ennemis sont souvent difformes, voire transformés, et le seul humain croisé est une femme qui se fait sauvagement massacrer par deux minotaures. Le scénario, déjà évoqué dans le test, est aussi un reflet de cette ambiance particulière. Et même au moment du générique de fin, Majyuuou assume son côté sombre. (Attention petit spoiler !) Dans la “mauvaise fin”, Abel est amené à commettre l’irréparable et ne peut sauver sa fille. Et en ce qui concerne la “bonne fin”, on peut presque hésiter à la qualifier de “bonne”, tant son dénouement n’est pas si heureux que cela…

Le mot de la fin

Majyuuou Super Famicom screenshot 18Majyuuou est un titre présomptueux. Il a beau s’autoproclamer “roi des démons”, en terme de contenu, il a encore un bout de chemin à faire pour prétendre au titre de “roi du jeu d’action”. Les premiers instants en sa compagnie sont prometteurs : le pitch de départ est inhabituel, les transformations du héros sont très cools, et le soft se paie même quelques points communs avec des grosses productions de l’époque… Mais même si sa réalisation est d’un niveau acceptable d’un bout à l’autre de la cartouche, on ne peut que se montrer déçu par la voie empruntée petit à petit par le soft. En début de partie, on s’attend à du lourd, et au final, on se retrouve avec un jeu qui ne va pas au fond des choses et qui, de ce fait, n’a pas la carrure d’un blockbuster.

Note Finale
Technique – 6 /10

Des décors qui jouent les premiers rôles, couplés à des sprites tout petits : des choix peu courants pour un soft d’action, qui permettent à Majyuuou de sortir du lot. Peu d’effets de la console sont utilisés, hormis chez deux ou trois boss.

Musique – 5 /10

Le “roi des démons” n’est pas très mélomane : certains musiques sont timides et font penser à des musiques d’ambiance, d’autres sont plus mémorables (stage du train, stage final).

Gameplay – 6 /10

On s’habitue vite à la petitesse des sprites, et le revolver d’Abel est efficace dans la plupart des situations. Mais ce sont surtout les différentes transformations, synonymes de pouvoirs accrus, qui enrichissent le gameplay.

Durée de vie – 7 /10

Majyuuou ne se borne pas à proposer une “bonne” et une “mauvaise” fin : le joueur assidu pourra retenter l’aventure en prenant, par exemple, tout le temps la même transformation, ou en n’en prenant aucune.

Innovation – 5 /10

Si Majyuuou n’est pas le nirvana des jeux d’action (il pioche la plupart de ses idées dans d’autres titres, à commencer par Altered Beast), il est correctement réalisé (surtout ses décors) et propose de vivre une aventure assez fun.

En résumé
De bonne idées, mais un soft d’action qui se transforme assez vite en pétard mouillé.
6
Flippant

Infos Pratiques
Développé par KSS
Édité par KSS
Sorti le 25.08.1995 (Japon)
Pas sorti aux USA
Pas sorti en Europe
action
1 seul joueur
Cartouche de 16Mb
Pas de sauvegarde
Existe sur rien d’autre
Encore + d’images
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