un second tour de piste réussi

F1 ROC II : Race of Champions

Après un Exhaust Heat sympathique mais un peu léger, Seta Corporation revient à la charge avec une suite connue sous diverses appellations : Exhaust Heat 2 au Japon (logique), F1 ROC II: Race of Champions aux États-Unis, et “Désolémaiscettefoisceserasansvous” pour le Vieux Continent. Étrange choix a priori que de délaisser le berceau – à l’époque – de la Formule 1, mais pas tant que ça au vu du contenu de la cartouche ; car si F1 ROC II ne renie en rien ses racines, il n’en a pas moins pris quelques distances avec l’Oncle Bernie.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 01)En bons joueurs gâtés que nous sommes (mais on le vaut bien), on a parfois tendance à oublier que la Formule 1 est un sport élitiste, dans lequel chaque place se gagne chèrement. Eh bien, F1 ROC II se charge de nous le rappeler : fini le baquet dans une top team gracieusement offerte sitôt la console allumée ! Avant de faire mordre la poussière à Prost, Mansell, Patrese et leurs compères de la saison 1992, le néophyte devra désormais faire ses preuves à un échelon plus modeste.

Promotion baquet

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 02)Il faudra ainsi briller en Groupe C (prototypes tels que ceux que l’on trouve aux 24 heures du Mans), puis au volant d’une F3000, traditionnel préambule à la F1. Trois classes pour, hélas, un seul type de conduite, puisqu’en dehors d’une poignée de kilomètres/heure toute symbolique, rien ne semble différencier les bolides qui se conduisent tous de la même façon : pied au plancher ! Dans la droite lignée de Exhaust Heat, la conduite reste ainsi totalement arcade (même si le système de boost a disparu entretemps), et l’usage du frein est toujours optionnel, voire prohibé en dehors de quelques épingles vraiment serrées.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 03)Au-delà du plateau largement diversifié, le jeu garde donc de nombreuses similitudes avec son prédécesseur dans ses fondamentaux. On retrouve notamment le système d’upgrade de l’équipement : toute carrière démarre avec une voiture lambda, munie d’ailerons, d’un moteur et de pneus de niveau 1, mais qui pourront évoluer jusqu’au niveau 8 au fil de votre progression. Cependant, il ne s’agit plus désormais de simplement acheter le matériel, mais plutôt de le créer en interne : votre écurie dispose en effet d’un département de recherche, et c’est à vous d’investir l’argent gagné en piste dans les secteurs qui vous semblent prioritaires.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 04)Après quelques courses (le temps de développement augmente avec la classe, tout comme les sommes requises d’ailleurs), revenez à l’atelier et les fameuses pièces seront prêtes à être installées sur votre monture. Dès les premiers tours de roue en qualifications, la nécessité d’exploiter cette facette du titre est flagrante : vous ne serez certes pas le plus lent des 26 véhicules en piste, loin de là, mais obtenir ne serait-ce qu’un podium n’a rien d’une sinécure.

Gilet jaune de rigueur

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 05)Il faut dire que la concurrence ne se pose pas en victime expiatoire, et c’est un euphémisme. La cartouche du soft a pour particularité d’embarquer une puce développée par Seta, la ST010, qui augmente la fréquence d’horloge de la console et est programmée de façon à rendre les réactions des opposants plus “humaines”. Difficile de quantifier l’influence de cette puce additionnelle, mais si par “humain”, il faut comprendre “vicieux”, alors l’IA dans F1 ROC II est l’humanité incarnée. Si le fond de la grille est d’une docilité à toute épreuve, aux premières loges, ça joue très sérieusement des coudes : un adversaire sous pression n’hésitera jamais à user de la queue de poisson, pas plus qu’il ne s’avouera vaincu une fois dépassé, et si par malheur votre poursuivant immédiat trouve que vous n’allez pas assez vite pour lui, il n’hésitera à vous harponner, fût-ce au détriment de sa propre course.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 06)Ce serait sans doute beaucoup dire que le résultat est bluffant de réalisme ; en revanche, les courses y gagnent clairement en rythme et sont indécises jusqu’au drapeau à damiers, et il n’est pas rare que la victoire se joue au centième de seconde. En termes d’organisation, le Groupe C et la F3000 se présentent à l’identique, avec huit courses disponibles moyennant un droit d’entrée (à l’exception de la première, gratuite). Il est possible de naviguer à loisir entre les pistes, et de les parcourir dans l’ordre souhaité : pour décrocher la promotion, la seule obligation est finalement d’être vainqueur partout. La conduite variant peu, la grande différence réside en fait dans les circuits eux-mêmes : les ellipses des Groupe C, parfaits pour l’initiation mais un peu mornes et très courts, laissent ensuite la place à des tracés plus inventifs, plus parfois que ceux officiels de Formule 1 qui tuent forcément toute créativité.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 07)Laser Blaster ou Paradise par exemple, avec leurs enchaînements de chicanes pris à fond les ballons et leurs virages en épingle judicieusement placés, collent parfaitement à la jouabilité instinctive du titre et donnent lieu à de bien belles bagarres, qui rappellent celles offertes quelques années auparavant par F-Zero, excusez du peu. C’est d’autant plus vrai que l’impression de vitesse est bien au rendez-vous… et que les collisions avec les frontières des circuits, ici aussi clairement délimitées, peuvent être extrêmement pénalisantes, surtout si un aileron décide d’y rester.

Patience et longueur de temps…

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 08)Lors de la transition entre les classes, vous perdrez évidemment le bénéfice des améliorations postérieures, ainsi que la moitié de votre cagnotte. Un conseil d’ailleurs, assurez-vous de disposer d’un bon pécule au moment d’arriver dans la classe reine : vu la compétitivité initiale de votre brouett… monoplace, les primes gagnées lors des débuts permettront tout juste de payer le billet d’avion vers la prochaine destination. Lors du réglage du nombre de tours, laissé à l’appréciation du joueur avant chaque épreuve, mieux vaut également en choisir une bonne dizaine : cela laisse le temps d’entrer dans les points – réservés à l’époque aux six premiers – sans se précipiter, et de plus, ce sera l’occasion d’assister à l’un des moments-clé de toute course digne de ce nom : l’arrêt aux stands.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 09)Très accessoire dans Exhaust Heat, où il ne servait qu’à réparer les dégâts, ce dernier gagne ici en importance dans la mesure où les pneus s’usent assez vite et que la voiture devient dès lors une véritable savonnette. Le joueur endosse un petit rôle dans ces séquences : s’il tapote le bouton B assez rapidement, le temps d’immobilisation s’en trouvera réduit de moitié environ. Dans cette ultime phase de la carrière, où les courses s’enchaînent selon le programme du championnat officiel et ne permettent donc plus d’engranger les dollars à loisir, le plan de marche est finalement assez limpide : la première saison servira clairement à développer l’engin, avec éventuellement un ou deux podiums en fin de saison ; la seconde donnera lieu aux premières victoires et à une place dans le haut du classement final, quant à la troisième année, elle devrait enfin être celle de la consécration.

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 10)Tout cela en considérant que vous restez fidèle tout du long à votre écurie d’origine, d’autres propositions venant se greffer par la suite ; mais dans le cas contraire, il faudra reprendre le développement du début… Ce qui m’amène à évoquer la durée de vie : à cinq minutes la course (minimum, le nombre de tours pouvant être augmenté jusqu’à 65 !) et seize Grands Prix par saison, il faut bien compter cinq à six heures pour faire le tour de la chose. Ajoutez deux heures pour le Groupe C, trois pour la F3000, et vous obtenez un mode Carrière qui ne se moque tout de même pas du monde (et c’est heureux, puisqu’il se bat en duel avec le mode Entraînement et que le multijoueur, à l’exception de deux mini-jeux cachés, est toujours aux abonnés absents).

Le mot de la fin

F1 ROC II Race of Champions Super NES (screenshot 11)En révisant en profondeur le contenu de son poulain sans pour autant en trahir l’esprit, Seta Corporation l’a clairement fait passer dans la catégorie supérieure : nerveux, complet et proposant un challenge enfin à la hauteur, F1 ROC II n’a rien à envier aux références de la course arcade, et sa non-sortie européenne est franchement regrettable. Ne manquent en fait qu’un mode deux joueurs et une gestion des collisions moins… lunaire (même s’il est possible de la tourner à son avantage avec un peu de pratique) pour que le tableau soit idyllique, mais franchement, le résultat vaut largement le coup d’œil en l’état. Sur ce… Start your engines !

Note Finale
Technique – 8 /10

Si F1 ROC II n’est pas visuellement mirifique, il affiche de nets progrès par rapport à son prédécesseur, notamment au niveau des sprites et des décors, bien plus détaillés et variés que par le passé. Surtout, la fluidité de l’animation est excellente et l’impression de vitesse bien présente, sans ralentissements ni saccades intempestives pour ternir le tableau.

Musique – 6 /10

Vroum vroum, criiiii, et quelques morceaux passe-partout pour accommoder tout ça : rien de notable dans le bon comme dans le mauvais sens, mais là n’est pas l’essentiel.

Gameplay – 8 /10

Sans être d’une grande subtilité, le maniement des bolides se révèle plus technique qu’il n’y paraît sur les pistes avancées ; le tout est de ne pas se laisser tromper par les premières pistes, il est vrai très limitées. Par la suite, le côté fun et accessible du titre ne lasse pas, et les courses et saisons se succèdent avec un plaisir constant. Tant qu’on évite de se frotter aux bordures de piste et aux carrosseries adverses, il y a largement de quoi s’amuser !

Durée de vie – 8 /10

Le mode Carrière est très réussi avec une difficulté bien calibrée et pas moins de 32 circuits à découvrir ; si vous accrochez, il vous occupera une bonne dizaine d’heures au moins. Le mode Entraînement est pour sa part classique mais efficace, et permet de chasser le chrono : une valeur sûre. Ne manque donc qu’un mode deux joueurs…

Innovation – 7 /10

Un mode Carrière bien fichu, trois types de voiture pour le prix d’un : si tant est qu’un jeu de Formule 1 puisse être original, F1 ROC II n’est pas mal dans le genre. En termes de contenu, il est en tout cas plus riche et varié que la majorité de ses concurrents de l’époque.

En résumé
F1 ROC II améliore en tout point la formule d’Exhaust Heat, à l’exception des collisions entre voitures.
8
Très bon

Infos Pratiques
Développé par Seta Corporation
Édité par Seta Corporation
Sorti le 05.03.1993 (Japon) (*)
Sorti en 07.1994 (USA)
Pas sorti en Europe
Formule 1
1 seul joueur
Cartouche de 8Mb
Sauvegarde sur la cartouche (3 slots)
Existe sur rien d’autre
(*) sous le titre Exhaust Heat 2
Plus Loin
Bien que F1 ROC II dispose de la licence officielle de la saison 1992, deux pilotes brésiliens manquent à l’appel : Mauricio Gugelmin, qui cède sa place sur la grille au joueur (il n’y a ainsi qu’une seule Jordan en piste), et Ayrton Senna, renommé… A. Seta, certainement en raison de la présence sur Mega Drive de Ayrton Senna’s Monaco Grand Prix II (je n’ai pas souvenir d’un autre jeu de F1 sur 16 bits l’intégrant dans son panel). C’est peut-être mieux ainsi, le soft étant sorti aux États-Unis en juillet 1994, soit deux mois après le tragique Grand Prix d’Imola…
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