aventure "ninjaesque" post-apocalyptique

Hagane : The Final Conflict

Dans le créneau très « ninjaesque » des Ninja Gaiden-like, la Super NES pouvait compter sur une poignée de titres, dont principalement Ninja Gaiden Trilogy (une compil’ à peine remaniée et contestable des trois épisodes sortis en leur temps sur la bonne vieille NES), mais on n’y trouvait rien de vraiment transcendant à même de rivaliser avec des titres d’une autre trempe, comme un certain Shinobi III, qui lui, tournait exclusivement sur la Megadrive de Sega. Hagane (prononcez «Hagané») arrivait donc sans grande concurrence sur la 16 bits de Nintendo, avec en plus, comme nous allons le voir, une réalisation qui avait de quoi rendre fou le plus blasé des joueurs.

Dernier rempart face aux démons

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 01Avec Hagane, vous évoluerez dans un monde post-apocalyptique, où se croisent et se mélangent éléments high-tech et éléments plus traditionnels tout droit issus de l’imagerie traditionnelle japonaise. La première phrase que vous découvrirez dans l’intro constitue d’ailleurs un bon condensé du background: «In the time of darkness the pathway to Armageddon opens». Pas besoin de parler couramment anglais pour comprendre que vous allez à nouveau devoir vous démener comme un beau diable pour défendre la Terre (et plus précisément le Japon) face à une invasion de démons, monstres et autres ennemis mécaniques. Vous êtes dans la peau d’Hagane, un cyber samuraï, le dernier représentant du clan Fuma (organisation dont le but premier est de protéger le Holy Grail, une source d’énergie énorme à ne pas mettre entre toutes les mains).

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 02Laissé pour mort suite à l’attaque dévastatrice orchestrée par le clan Koma (à savoir, le clan adverse qui, comme par hasard, veut dominer le monde grâce au Holy Grail), il sera ramené à la vie grâce aux dernières avancées de la cybernétique et n’aura à partir de ce moment-là plus qu’une seule motivation: se venger du clan Koma. Cependant, comme la tâche est quand même énorme (ben oui… Hagane va se retrouver tout seul face à une horde d’ennemis), vous aurez quand même droit à un héros taillé sur mesure pour ce job, grâce à ces fameuses « améliorations » cybernétiques. Samuraï/ninja du futur, Hagane sera donc armé jusqu’au dents. C’est d’ailleurs une des premières choses que l’on remarque une fois le jeu lancé: notre perso possède dès le début du jeu un arsenal complet qui n’évoluera pas en cours de partie. Vous pourrez seulement récupérer des items pour gagner barres d’énergie, vies, munitions et magies spéciales.

4 armes = 4 fois plus de fun?

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 03Pour vous décrire son arsenal, on peut faire une distinction entre ses armes « de contact » et ses armes « de lancer ». Pour les premières, on trouve le katana, arme de base par excellence, particulièrement efficace tout au long du jeu et capable de trancher à peu près tout ce qui se mettra en travers de sa route. La seconde arme dite « de contact » est le grappin: c’est une arme avec une bonne allonge mais qui est aussi plus lente à mettre en oeuvre. Sa grande utilité dans le jeu provient surtout du fait qu’elle permet à Hagane de s’accrocher en dessous des plates formes et autres plafonds des niveaux. Une fois accroché, notre guerrier pourra alors avancer tout en étant suspendu, uniquement à la force des bras. Ces deux premières armes pourront être utilisées de manière illimitée.

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 04Ensuite, concernant les armes dite « de lancer », on trouve les poignards japonais (style shurikens, qui permettent de toucher les ennemis distants avec une cadence de tir appréciable) et les grenades/mini bombes (qui, elles, font pas mal de dégâts mais sont nettement moins précises). En fait, on ne peut les lancer qu’en diagonale, vers le haut et elles exploseront au contact de l’ennemi. Mais attention (et c’est la grande différence avec les armes de contact), pour les deux armes que je viens de vous décrire, vous ne pourrez transporter qu’un maximum de 99 projectiles par arme. Il faudra donc les utiliser avec plus ou moins de parcimonie, et ce, même si les nombreux ennemis se chargeront de vous « ravitailler » en munitions en disparaissant. Durant mes nombreuses parties, je ne suis en fait tombé à cours de munitions que deux ou trois fois. Et même dans ce cas-là, on peut toujours retomber sur le katana (de préférence) ou le grappin, en attendant d’être réapprovisionné en munitions.

Souple comme un ninja

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 05À cette panoplie déjà très bien fournie viennent s’ajouter des magies ultra-puissantes qui vont nettoyer tout l’écran (elles sont bien entendu disponibles en nombre très limité), ainsi que des combos qui pourront être enclenchées à volonté (on peut citer le coup de pied renversé vers le haut enclenché après un long enchaînement, le coup de pied supersonique vers le bas après un saut, ou encore le coup de poing vers l’avant à même de terrasser rapidement l’ennemi). Voilà donc pour l’armement et les principaux coups offensifs. Si avec tout ça vous ne vous en sortez pas, on ne peut plus rien pour vous. Pour faire dans la « finesse », notamment et surtout dans les quelques niveaux plus orientés plates-formes et obstacles, Hagane pourra effectuer des saltos vers l’avant ou vers l’arrière (grâce aux touches L et R du pad), s’agenouiller pour esquiver une attaque ennemie ou faire des glissades pour par exemple se faufiler dans des passages plus étroits.

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 06Même le « simple » saut connaît une variante, puisqu’en appuyant rapidement deux fois sur le bouton de saut, notre samuraï se mettra en boule (au sens premier du terme) et pourra ainsi évoluer un court moment dans les airs avant de retomber sur ses jambes. Toujours avec la même capacité et dans les niveaux dont l’architecture s’y prête, il pourra rebondir contre les parois pour atteindre des endroits plus élevés. Comme vous pouvez le voir, les possibilités de votre perso sont énormes, mais il y a un « mais »: même si la jouabilité est très fun et accrocheuse, réglée comme du papier à musique, il vous faudra investir un peu de temps pour vous habituer au maniement des différents mouvements.

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 07C’est surtout le cas pour le saut spécial, celui qui vous permet de rebondir contre les parois. Pas des plus simples à mettre en oeuvre, il nécessite un timing précis pas toujours évident à sortir. Mais que ce soit pour ce mouvement ou pour les autres, je ne vous donnerai qu’un seul conseil: persévérez! Il est clair qu’on déguste pendant les premiers niveaux, mais par après, on arrive à faire ce qu’on veut et on prend un pied pas possible en enchaînant les mouvements et autres attaques.

Des ennemis qui ne font pas de cadeau

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 08Comme je vous le disais en début de test, l’action du jeu prend place dans un Japon imaginaire où se mélangent éléments futuristes et traditions. Cette tendance se retrouve dans votre perso, mais aussi dans les décors du jeu et les multiples ennemis qui auront l’audace de se dresser devant vous. Déjà, grâce à la cartouche de 16Mb, Hagane est composé de stages très différents les uns des autres, avec des thèmes bien distincts et originaux. Et même si la progression s’effectue le plus souvent de la gauche vers la droite de l’écran, vous aurez toujours l’un ou l’autre niveau qui viendra à point nommé pour varier les plaisirs (progression vers le haut, voire même un peu dans tous les sens pour le niveau se déroulant dans un croiseur interstellaire en perdition).

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 09Leur principe change aussi assez souvent, car outre les stages d’action classique, vous pourrez tomber tantôt sur un stage à défilement automatique (comme le stage 1-4, un sacré morceau qui vous demandera concentration et nerfs d’acier), tantôt sur un niveau très shoot-them-up (quand Hagane vole dans les airs grâce à une sorte de scooter volant), etc. Quant aux ennemis, ils ont pour seul défaut de se répéter un peu tout au long du jeu. Pour le reste, ils sont assez variés et possèdent des attaques différentes. On y trouve un peu de tout: des soldats armés de différentes manières, des ronins qui vont utiliser de la magie, des animaux type « aigle » ou « chauve-souris »…

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 10Mais la palme revient surtout aux boss: énormes et stylés, ils prennent facilement tout un écran et sont fichtrement bien mis en scène. Leur concept est à chaque fois le même: un démon du clan Koma va faire corps avec une machine pour ensuite vous affronter. La plupart d’entre eux ne sont pas spécialement difficiles à battre: il faudra surtout bien observer leurs déplacements et leurs attaques, tout en frappant dès que l’occasion se présente. Comme bien souvent, tout est une question de timing et de concentration.

Qui a troqué ma Super NES contre une Neo Geo?

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 11Outre le fait de proposer un gameplay très riche pour un jeu de ce type, Hagane mettra tous les joueurs d’accord sur un autre de ses gros points forts: sa réalisation technique hors-pair. Bien que les sprites affichés à l’écran soient assez petits, ils ont un degré de finition et de détail quasiment jamais vus sur une Super NES. Dès le départ, bien scotché dans son fauteuil, le joueur assistera aussi à un véritable déluge d’effets pyrotechniques (ennemis qui explosent, etc.), avec entre autres, un nombre relativement élevé de sprites à l’écran, des boss énormes et originaux, un très beau passage en mode 7 vu de profil… Et si je vous dis que tout ceci est affiché par la Super NES en « stand alone », sans l’aide de la moindre puce additionnelle dans la cartouche, il y a de quoi rester sans voix.

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 12Personnellement, quand j’ai découvert Hagane pour la première fois, il m’a plus fait penser, sur le plan visuel, à un jeu Neo Geo qu’à un jeu Super NES. Et dans la catégorie « jeu d’action explosif », je vois mal quel titre pourrait rivaliser avec lui dans le catalogue de notre chère console. Du côté des musiques, Hagane fait aussi preuve d’une belle énergie, avec des compositions solides qui ont par moment un petit côté « Shinobi », sans pour autant tomber dans le simple plagiat ou le mimétisme facile. Les bruitages, forcément omniprésents dans le jeu, sont réalistes et les explosions sont pour le moins tonitruantes. Mais c’est ici une demi-surprise, tant la Super NES avait déjà fait étalage de ses capacités dans ce registre.

Hagane The Final Conflict Super Nintendo screenshot 13Pour résumer, Hagane c’est du tout bon: aussi bien visuellement que musicalement. Et ne soyons pas hypocrites: quand un jeu nous résiste (ce qui est le cas avec celui-ci), une des motivations qui nous pousse à nous dépasser et à nous accrocher, c’est bien l’aspect graphique et l’ambiance dégagée par le jeu. Sur ce dernier point, on peut affirmer que la recette proposée par le titre de Red fonctionne à merveille. Certains passages sont durs, mais sa réalisation de haut vol incite le joueur à persévérer coûte que coûte.

En conclusion

Avec Hagane, la Super NES propose une alternative convaincante à des titres concurrents dans la veine des Shinobi et consorts. Elle frappe même un grand coup, avec un jeu qui sur bien des points, fait de l’ombre à ses modèles. Alors, il est vrai qu’Hagane reprend pas mal d’éléments que l’on retrouve chez les ténors du genre (de l’action à outrance, un savoureux mélange d’ennemis bien pensés, de la magie et des armes plus conventionnelles…) mais il propose le tout avec des qualités techniques nettement supérieures et un univers à la fois cyber et froid. En d’autres mots, il magnifie une formule qui fonctionne bien, tout en étant suffisamment original pour se différencier de la concurrence. Un conseil: ne passez pas à côté. C’est un très grand jeu « oublié » qui mérite la reconnaissance des fans.

Note Finale
Technique – 9 /10

Couleurs appropriées, finesse des décors et des sprites, explosions visuellement superbes. L’animation, très sollicitée dans certains stages, ne rame jamais. Même les rotations et le mode 7 s’invitent dans un stage “aérien” dont on se souviendra encore longtemps.

Musique – 8 /10

L’orientation musicale des compositions est originale, tout en faisant penser au style musical des Shinobi. Vraiment du bon boulot de la part des programmeurs. On regretterait presque que les explosions et autres bruitages viennent les couvrir de manière intempestive.

Gameplay – 7 /10

Votre perso est doté d’un potentiel destructeur énorme, et ce, dès le début du jeu. C’est un des gros points forts du titre: une fois que le joueur commence à maîtriser son samuraï, c’est le fun assuré. Mais ça a aussi une conséquence indirecte: il faudra s’appliquer et prendre le temps d’apprivoiser toutes ces possibilités.

Durée de vie – 7 /10

Dans Hagane, la difficulté des stages est progressive, mais elle a aussi pour caractéristique première d’être assez élevée dès les tout premiers niveaux. Le jeu n’est pas très donnant en 1up et les “continue” sont infinis. L’un dans l’autre, Hagane propose donc une bonne durée de vie, même si on regrettera la présence de seulement cinq stages dans la cartouche.

Innovation – 6 /10

Hagane est un peu le “monsieur plus” du jeu d’action à la sauce ninja/samuraï: un gameplay très riche qui, s’il reprend les bases du genre, les améliore à sa manière. Le tout doublé d’une réalisation époustouflante, véritable démo technique de la Super NES, et d’un univers suffisamment original pour se distinguer de la concurrence. De quoi faire un titre au potentiel énorme.

En résumé
Le Shinobi de la Super NES, c’est lui ! Et en plus, il se permet de faire de l’ombre à la concurrence.
9
Excellent

Infos Pratiques
Développé par Red / CAProduction
Édité par Hudson Soft
Sorti le 18.11.1994 (Japon)
Sorti en 06.1995 (USA)
Sorti en 1995 (Europe)
action «ninjaesque»
1 seul joueur
Cartouche de 16Mb
Pas de sauvegarde (*)
Existe sur rien d’autre
(*) option “continue infinis” qui apparaît dans le menu: en l’utilisant, on recommence au premier niveau du stage dans lequel on était
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