sauvé par la technique

Skyblazer

Bien avant de s’imposer comme fabricant de hardware avec sa marque PlayStation, Sony s’impliquait déjà dans le secteur du jeu vidéo grâce à différents partenariats, dont un avec Nintendo pour la conception de sa console 16 bits (le chip sonore de la Super NES est d’origine Sony). Mais comme il n’y a pas de petit profit, la firme nippone s’était aussi découvert une vocation d’éditeur, ce qui l’amena à distribuer différents titres, dont ce Skyblazer, un soft d’action/plate-forme développé par le studio Ukiyotei.

Le Mal est un problème récurrent dans les jeux vidéo: c’est moche!

Skyblazer Super Nintendo screenshot 01Jouer au jeux vidéo de manière régulière comporte un risque auprès du joueur lambda: celui de devenir blasé face aux piètres scénarii proposés. Et on ne peut pas dire que les développeurs fassent un gros effort pour relever le niveau. Tout comme Mario doit à chaque épisode sauver la princesse Peach, le point de départ de bon nombre de softs se base sur le caractère cyclique de l’opposition forces du Bien/forces du Mal. Je vous en parle parce que la trame de Skyblazer en est un exemple criant. En des temps reculés, les forces du Panthéon mystique (en gros, les gentils) se sont opposées à Ashura et ses seigneurs de guerre (les méchants). Cet affrontement se solda par la victoire d’un puissant sorcier nommé Sky Lord (à n’en pas douter, un héros!), et le monde put enfin goûter à la paix et à l’harmonie.

Skyblazer Super Nintendo screenshot 02Seulement voilà: plusieurs siècles plus tard, coup de théâtre! Raglan, le seigneur des ombres, parvient à libérer Ashura, et les guerres reprennent de plus belle à la surface du globe. Seul Sky, le dernier descendant du légendaire Sky Lord, pourra stopper Ashura et mettre ainsi fin au chaos. C’est là que commence votre aventure dans la peau de Sky. Voulant sauver Arianna, notre héros s’est frotté une première fois à Ashura (vous prendrez part à cet affrontement dans les premières minutes du jeu). Mais ce dernier était beaucoup trop puissant. Grâce aux conseils d’un vieux sage, Sky devra donc prendre son mal en patience et d’abord acquérir différents sorts et capacités, avant d’affronter à nouveau son pire ennemi, avec cette fois, quelques chances de sortir vainqueur de ce combat.

Un petit goût de Demon’s Crest

Skyblazer Super Nintendo screenshot 03S’il fallait cataloguer Skyblazer, il irait tout droit dans la case « plate-forme ». Tout le level design du jeu va d’ailleurs dans ce sens, avec une construction des niveaux telle que ce seront vos aptitudes au pad qui feront toute la différence. Mais le jeu ne propose rien d’insurmontable non plus en terme de difficulté puisque, nous y reviendrons, Skyblazer est relativement facile. Plates-formes diverses (mobiles ou non), sauts multiples et castagne seront donc de la partie, avec un personnage principal qui, dans ses mouvements et ses coups, rappelle pas mal les héros de beat-them-all. Il ne tient pas en place (même si vous ne bougez pas, le perso est animé… une vrai pile électrique ce Sky!) et enchaîne les coups avec aisance, possédant un combo efficace de coup de poing et de coup de pied. Mais plus encore que sa gestuelle, ce sont ses aptitudes spéciales qui, sur certains aspects, vous feront penser immédiatement à un autre jeu tournant lui aussi sur Super NES : Demon’s Crest.

Skyblazer Super Nintendo screenshot 04Tout comme dans le jeu de Capcom, Sky est particulièrement agile et pourra s’accrocher aux parois et autres murs, voire même se déplacer le long de ceux-ci à la verticale. Il pourra également voler, mais pas tout le temps, ni à tout moment: des niveaux spécifiques plus orientés « shoot-them-up » sont présents à cet effet. Enfin, il pourra obtenir de nouvelles capacités ou pouvoirs (à utiliser avec la magie, et donc, de manière parcimonieuse) en battant les inévitables boss qui peuplent le jeu, et une des clés de sa progression résidera dans le choix judicieux du bon pouvoir au bon moment. Ceux-ci se répartissent entre pouvoirs spéciaux d’attaque (arc de cercle offensif, dash aérien, tir magique multi directionnel…) et pouvoirs affectant l’état de votre perso (régénération de votre jauge de vie par exemple). Lorsque Sky utilise certains pouvoirs, il n’est pas sans rappeler un certain Sangoku dans sa version Super Sayien, ce qui est loin d’être une mauvaise référence sur le plan visuel.

Skyblazer Super Nintendo screenshot 05Pour en revenir aux niveaux, sachez que ceux-ci baignent dans une atmosphère très « heroic-fantasy », avec quelques notes hindoues/bouddhistes insufflées par la musique du jeu, certains décors et le look des boss. Le premier d’entre eux en est un bel exemple puisqu’il s’agit d’une sorte de génie/divinité sortant d’une lampe. L’ambiance n’est cependant pas aussi sombre que dans Demon’s Crest, puisque les couleurs utilisées ici sont le plus souvent assez vives. Dans la quasi-totalité des niveaux, Sky progressera à pied. Le jeu comporte aussi, comme je vous le disais, quelques niveaux orientés shoot-them-up. Dans ceux-ci, équipé d’ailes, Sky ne pourra effectuer que deux actions: voler sur toute la surface de l’écran et tirer sur les ennemis, tout ceci dans un niveau qui défile automatiquement. On soulignera aussi la présence de passages tout en mode 7, lorsque Sky passe d’une île à l’autre sur la carte générale du jeu.

Skyblazer Super Nintendo screenshot 06Ceux-ci font office de stages bonus: votre perso y est vu de dos (genre Space Harrier) et votre but sera de ramasser un maximum de cristaux pour obtenir des vies supplémentaires. Ici, si vous loupez votre coup, vous ne perdrez pas de vie mais vous aurez laissé passer une bonne occasion de gagner des 1up. En fin de compte, si il y a bien un dénominateur commun entre tous les niveaux du jeu, c’est leur taille (relativement courte) et leur relative facilité. Certains passages vous demanderont bien un petit peu plus d’habileté, mais Skyblazer n’est certainement pas le genre de jeu où l’on reste bloqué à un endroit pendant trois jours. De plus, la présence des mots de passe donnés après chaque niveau réussi n’arrange pas vraiment les choses dans ce domaine.

Skyblazer est bien conservé

Skyblazer Super Nintendo screenshot 07Malgré le poids des ans, le soft de Ukiyotei a encore de beaux restes ! Ceux qui l’ont connu lors de sa sortie s’en souviennent encore avec émotion. Après l’écran-titre qui fait craindre le pire (on a rarement vu aussi dépouillé et cheap sur la console de Nintendo, avec le titre du jeu tout seul sur fond rouge), on est très vite rassuré. Le soft présente de belles couleurs, la plupart du temps bien assorties, et les décors qui illustrent le monde de Sky sont fins et très bien dessinés. À certains moments, on remarquera bien une répétition de certaines parties des environnements, mais rien de vraiment bien méchant. Les animations sont tout aussi agréables à l’oeil, avec surtout un gros travail effectué sur les mouvements de Sky, votre perso, qui bouge de manière très très fluide à l’écran. Sur le plan strictement visuel, Skyblazer s’en tire donc très bien, avec, comme si cela ne suffisait pas, quelques effets judicieusement placés (principalement pour les boss), tels que zoom, rotation et déformations de sprites. Les développeurs peuvent être fiers du boulot abattu.

Skyblazer Super Nintendo screenshot 08Les mélodies qui vous berceront pendant votre aventure sont de qualité, avec des sonorités exotiques, qui font un peu penser à de la musique hindoue. Aussi pêchues et agréables soient-elles, elles ne sont, selon moi, pas aussi «remarquables» que les graphismes (terme judicieusement utilisé ici, s’il en est, puisque le but d’un morceau musical est quand même de «se faire remarquer»!). Elles ont d’ailleurs tout juste le temps de frapper l’esprit du joueur puisque, point déjà évoqué, le jeu est relativement court, avec en tout et pour tout une petite vingtaine de niveaux. La jouabilité est, quant à elle, peut-être un plus sujette à discussions. La plupart du temps sans histoire, les mouvements de Sky (et surtout ses sauts) proposent une inertie un peu particulière, avec un perso très réactif. Ce qui donne au final une maniabilité difficile à cerner, tout du moins au début. Chacun appréciera en fonction de sa propre expérience, mais sachez que c’est juste un léger point faible. On « fait avec » et c’est loin d’être un défaut qui plombe le reste du jeu.

En conclusion

Skyblazer n’est pas un hit absolu de la Super NES, mais avec ses graphismes de tout premier ordre et, de manière plus générale, son parcours « sans faute » sur le plan technique, il parvient sans difficulté à faire passer de très bons moments et à marquer les esprits, que ce soit auprès des joueurs qui y ont joué à l’époque, ou des incultes qui, comme votre serviteur, l’ont connu sur le tard, à une époque où la Super NES n’occupait plus le devant de la scène.

Note Finale
Technique – 8 /10

Sans atteindre des sommets ni en faire trop, Skyblazer tire son épingle du jeu grâce à de beaux graphismes (qui, en fin de compte, n’ont même pas beaucoup vieillis) et une animation étonnante et très fluide pour le personnage de Sky.

Musique – 8 /10

Des sonorités par moment très orientales, qui se mêlent à des bruitages de qualité. Mais les mélodies ne restent pas forcément gravées en mémoire.

Gameplay – 7 /10

L’acquisition des différents pouvoirs et les aptitudes de Sky sont plus ou moins apparentées à celles que l’on retrouve dans d’autres softs, Demon’s Crest pour ne citer que lui. La jouabilité est bonne, même si manier votre perso efficacement vous demandera un peu d’application (la faute à une inertie particulière, lors des sauts notamment, et à un personnage très réactif).

Durée de vie – 6 /10

Dans l’ensemble, Skyblazer n’est pas bien compliqué, même si certains passages sont un peu plus chauds à passer. Sa vingtaine de niveaux ne lui garantit pas, de toute façon, une durée de vie énorme.

Innovation – 5 /10

Les petits gars de Ukiyotei ont repompé, de manière plus ou moins explicite, des éléments que l’on retrouve dans d’autres softs. Mais c’est tellement bien amené qu’on leur pardonnera volontiers ce petit écart. Un bel exercice de style donc, mais certainement pas un soft pionnier qui fait bouger les choses.

En résumé
Skyblazer fait penser à Demon’s Crest, mais avec sa technique au top et son action de tous les instants, on lui pardonne.
8
Un hit !

Infos Pratiques
Développé par Ukiyotei
Édité par Sony Imagesoft
Sorti le 18.02.1994 (Japon) (*)
Sorti le 25.03.1994 (Europe)
Sorti en 01.1994 (USA)
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 8Mb
Sauvegarde par mots de passe
Existe sur rien d’autre
(*) appelé «Karuraou» au Japon
En vidéo
Consultez une sélection de vidéos en rapport avec ce jeu.
Plus Loin
Quand on s’attarde sur la liste des personnes ayant travaillé de près ou de loin sur Skyblazer, on trouve le nom d’un certain Kazunori Yamauchi qui, est-il besoin de le préciser, donnera naissance quelques années plus tard à la série Gran Turismo. En fait, après être rentré chez Sony en 1992, Yamauchi va dans un premier temps superviser la sortie de Skyblazer, pour ensuite connaître le succès et la reconnaissance avec ses créations personnelles, à savoir les Motor Toon Grand Prix (2 épisodes sur PSone) et -surtout- les Gran Turismo (sur PSone, PS2 et PS3).
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