humour qui tache cherche (désespérément) originalité

Boogerman : A Pick and Flick Adventure

Les héros en collants sur console, voilà un phénomène on ne peut plus récurrent : Batman, Spiderman et consorts nous ont en effet régulièrement entraîné dans leurs pérégrinations vidéoludiques, pour le meilleur et plus souvent le pire (ah, Superman sur Nintendo 64…). En 1995, Interplay tentait de moucher tout ce beau monde avec Boogerman, sauveur d’un nouveau genre et ultime recours contre cette terrible menace qu’est le bon goût. Un danger qu’il aura clairement surclassé… les doigts dans le nez !

La morve vous va si bien

Boogerman Super NES (screenshot 01)Pour situer tout de suite l’ambiance dans laquelle baigne le soft, Boogerman signifie littéralement “homme-crotte de nez”, la promesse déjà d’un programme peu orthodoxe. Les premiers échos avaient d’ailleurs déclenché une relative effervescence chez les joueurs avant sa sortie, surtout que la politique alors menée par Nintendo ne favorisait guère l’émergence de ce type de produits. Il est vrai cependant que Big N avait sensiblement assoupli ses préceptes dans les années ’90 (on se souvient par exemple que le premier Mortal Kombat avait été expurgé de toute hémoglobine, mais que ses suites avaient été épargnées par la censure), ce qui a donc permis à ce personnage haut en odeurs d’étendre son territoire au-delà de la concurrente Megadrive.

Boogerman Super NES (screenshot 02)S’il est bien un reproche qu’on ne peut pas faire au jeu, c’est de ne pas assumer sa thématique : absolument tout baigne en effet dans un humour gras plus que prononcé, et ce dès l’écran principal qui vous propose de choisir votre destination entre les cuvettes Jeu et Mot de passe. Il va donc sans dire que tous les publics ne se sentiront pas concernés de la même façon : le cœur de cible se situe certainement dans les 8-12 ans, âge auquel on tend à être plus réceptif à ce style de pantalonnades, et la faible difficulté de l’ensemble, qui ne demande pas une once de réflexion pour progresser et n’occupe qu’une poignée d’heures, me conforte dans cette idée. Quoi qu’il en soit, il est difficile de condamner catégoriquement cette ambiance sans compromis pour son manque de finesse : on adore ou on déteste, voilà tout, et chacun choisira son camp en connaissance de cause.

Boogerman Super NES (screenshot 03)Délesté de sa cape et de son si seyant costume vert fluo (aucun compromis, je vous l’ai dit…), Boogerman est une personne comme les autres – ou presque, puisque son compte en banque est en fait nettement plus fourni que celui du commun des mortels. Intrigué par une invention qui permet de nettoyer la Terre de sa pollution en l’envoyant sur la planète Xcrement, Snotty Ragsdale – tel est son nom – se fait embaucher comme homme d’entretien dans le laboratoire du Professeur Stinkbaum afin d’étudier le fonctionnement de l’engin et de s’assurer qu’il n’est en rien dangereux. Une nuit, alors qu’il passe l’aspirateur dans le local où l’invention est entreposée, une main en surgit, vole une de ses pièces et disparaît aussi sec ! Ni une ni deux, notre millionnaire farfelu file se changer dans les toilettes et, affublé de sa tenue de super-héros, se lance à la poursuite du membre chapardeur…

La planète verte… et qu’on voit dans le noir

Boogerman Super NES (screenshot 04)C’est ainsi que l’on se retrouve propulsé dans les Marais Flatulents, pour une simple mise en jambe permettant de se familiariser avec l’univers – ce qui n’a rien d’un luxe tant celui-ci est peu commun. Si le sujet n’est déjà pas des plus fins, on constate d’emblée que la réalisation est au diapason : les décors vides sur un inamovible fond sombre rivalisent de laideur avec des ennemis grossièrement modélisés, et que penser de cette sorte de morve fluorescente qui recouvre indifféremment sol, arbres et maisons : il faut bien le reconnaître, c’est un style mais qui ne flatte pas franchement la rétine… Le personnage même de Boogerman s’extirpe cependant de la fange avec son animation riche et soignée, regorgeant de mimiques amusantes : Interplay a assurément saisi le potentiel “nanardesque” de son anti-héros et en joue beaucoup pour compenser l’absence de charisme des gobelins, chauve-souris et autres escargots que ce dernier sera inlassablement amené à affronter.

Boogerman Super NES (screenshot 05)Pour se défendre lors de son périple, notre héros d’un genre nouveau dispose de pas moins de quatre attaques différentes, toutes disponibles dès le début de l’aventure : outre l’incontournable saut sur l’ennemi, il lui est ainsi possible de fouiller ses narines et de jeter le fruit de sa pêche sur l’ennemi (ce qui entamera toutefois la “jauge de morve” représentée à l’écran, qui devra être régulièrement rechargée). Les deux autres options sont plus… spectaculaires, si l’on peut dire, mais également moins simples à placer puisqu’il faut, en maintenant assez longtemps la touche attribuée, les charger avant de les lancer : selon que Boogerman soit accroupi ou debout, il lancera alors un pet ou un rot dévastateurs qui balaieront horizontalement l’écran. La technique prête à sourire sur le moment, mais on s’en lasse après une poignée d‘utilisations seulement : les bonnes vieilles méthodes, il n’y a que ça de vrai !

Sauvons la planète, recyclons les idées !

Boogerman Super NES (screenshot 06)Boogerman – A Pick and Flick Adventure (APAFA) abuse tout de même trop vite de cet adage, et le contraste entre son atmosphère décalée et le classicisme de son déroulement entraîne une réelle et légitime déception. Passés les premiers niveaux, le jeu peine en effet à se renouveler et s’empêtre dans une absence totale d’innovation et de variété : les plates-formes succèdent aux plates-formes sans la moindre inventivité, les ennemis, bien que nombreux, agissent tous de la même façon (quand ils agissent!), et l’impression de tourner en rond se fait vite sentir. Prenez le premier niveau, changez-en le décor et vous obtiendrez à peu de choses près le vingtième et dernier tableau: n’est pas Mario qui veut, et les références au modèle du genre – par exemple ces toilettes disséminées en divers endroits qui font office de tuyaux menant à des zones bonus – prêtent à sourire mais ne changent rien à cet état de fait.

Boogerman Super NES (screenshot 07)Malgré toutes ces lacunes, il faut reconnaître que Boogerman – APAFA se parcourt sans déplaisir. Il a notamment pour lui d’être parfaitement jouable, avec des commandes simples et qui répondent bien ; tout au plus lui reprochera-t-on à ce niveau la faible visibilité vers l’avant, qui oblige à marquer de nombreux temps d’arrêt afin d’appréhender le danger et casse un rythme déjà peu soutenu. Le titre est également très court, ce qui ici ne constitue pas un défaut et permet d’en voir le bout avant d’être assommé par sa monotonie – d’ailleurs partiellement rompue par les affrontements contre les boss, plutôt sympathiques même s’ils ne requièrent pas une grande réflexion (je tape, je saute pour éviter la riposte, je tape…). Reste en somme un titre pas minable mais bien mineur, qui ne fait pas tache mais n’aura pas non plus laissé de trace indélébile dans les ludothèques bien fournies de nos 16 bits : un comble pour un jeu qui n’hésitait pas à remuer la crasse, mais qui aura finalement eu le tort de se reposer un peu trop sur ce postulat au détriment du gameplay.

En conclusion

Abstraction faite d’une ambiance générale à la limite du glauque, Boogerman – APAFA applique consciencieusement les codes du jeu de plates-formes et s’en sort plutôt honorablement. À l’évidence, il se destine avant tout à un public assez jeune, qui accrochera certainement mieux à son humour très gras et devrait lui pardonner plus facilement son extrême répétitivité.

Note Finale
Technique – 6 /10

Les décors sont vraiment vides, ça saute aux yeux, et le level design ne s’avère vraiment pas des plus inspirés. Heureusement, les animations ont bénéficié d’un bien plus grand soin et font un peu oublier cette faiblesse globale… mais seulement un peu.

Musique – 6 /10

Des thèmes assez variés et tout à fait supportables à défaut de mieux. Les bruitages (son de pet lorsqu’on tue un ennemi et autres joyeusetés) sont nombreux, et les voix qui accompagnent les combats contre les boss, assez moyennes, ont au moins le mérite d’être présentes…

Gameplay – 8 /10

Aucun problème à ce niveau, Boogerman remplit parfaitement son contrat et n’est jamais frustrant, sinon par les possibilités finalement moins étendues que ne le laissaient présager les attaques disponibles. Un bémol toutefois pour le placement du personnage au centre de l’écran, pas vraiment judicieux.

Durée de vie – 4 /10

Vingt niveaux répartis sur cinq mondes plus les boss, il y aurait de quoi faire si les tableaux n’étaient pas aussi courts (3 à 4 minutes suffisent généralement à en voir le bout, à moins de vouloir ramasser assez de ventouses pour gagner une vie). Et absolument aucune raison d’y revenir par la suite…

Innovation – 6 /10

Il fallait oser mettre en place un univers aussi “goutu”, c’est un fait. D’un point de vue ludique, ça ne suit malheureusement pas : le déroulement est on ne peut plus basique et manque complètement d’audace et de diversité.

En résumé
Boogerman est un jeu de plate-forme honnête, si on fait abstraction de son humour poisseux…
6
Moyen

Infos Pratiques
Développé par Interplay
Édité par Interplay
Sorti le 25.01.1996 (Europe)
Sorti en 12.1995 (USA)
Pas sorti au Japon
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 24Mb
Sauvegarde par mots de passe
Existe aussi sur Megadrive
En vidéo
Consultez une sélection de vidéos en rapport avec ce jeu.
Plus Loin
Le jeu est disponible sur la Console virtuelle de la Wii pour 800 points Nintendo ; cependant, la réédition concerne la première version du jeu, à savoir celle de la Megadrive, qui est quasiment identique à celle testée ici en dehors de graphismes (encore) moins fins.
Encore + d’images
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