un soft sans magie

Incantation

1996 fut une année éprouvante pour les portefeuilles des joueurs… ou celui de leurs parents! Saturn et Playstation étaient encore au coude-à-coude, la Nintendo 64 s’apprêtait à débarquer en Europe, et Formula One, Les Chevaliers de Baphomet et Resident Evil étaient sur les listes de Noël de tous ceux qui avaient déjà ajouté une dimension dans leur salon. Pas sûr dès lors que Incantation, discrète production sur Super Nintendo du développeur français Titus Interactive, se soit retrouvé en ballotage favorable dans la hotte du vieux barbu…

Incantation Super Nintendo screen shot 01Sans aller jusqu’à le qualifier de cador du jeu de plate-formes, Titus Interactive avait tout de même, au milieu des années 90, une réputation intéressante dans la catégorie: 1991 notamment avait été prolifique, et les possesseurs de CPC et d’Amiga se souviennent sans doute de Prehistorik, des Blues Brothers ou de l’improbable mais très bon Les Aventures de Moktar, qui mettait en scène le personnage créé par Vincent Lagaf pour son clip de La Zoubida. Superman 64 n’ayant jeté l’opprobre sur le studio que trois ans plus tard, il n’était donc pas illusoire de voir cet Incantation d’un bon œil, d’autant que le titre, s’il ne pouvait évidemment pas rivaliser avec les standards graphiques d’alors (Rayman était sorti un an auparavant!), était clairement soigné d’un point de vue technique.

Le magicien ose

Incantation Super Nintendo screen shot 02L’influence du jeu de Michel Ancel, justement, est assez marquée visuellement, avec des décors aux couleurs chatoyantes, des ennemis plus mignons que réellement effrayants et des sprites d’une taille plus qu’honorable – sans parler de l’excellente animation. Forêt, marais, château, montagne : tous les grands classiques y passent, et les six thèmes proposés ne dépayseront pas les amateurs du genre. Cet univers d’aspect très enfantin n’est du reste pas très en accord avec l’intrigue du jeu (dont on ne trouve aucune trace ailleurs que dans le manuel), qui annonce un monde dévasté suite au vol du livre de la Sorcellerie par le vil Necroman : pour la vision ultime de l’enfer, on repassera, à moins d’être arachnophobe, chiroptophobe, ou d’avoir moins de dix ans… ce qui semble être le cas de notre jeune héros, un apprenti magicien qui, armé de son bâton magique, va témérairement se lancer sur les traces du maléfique personnage.

Incantation Super Nintendo screen shot 03Dès le premier niveau, un constat s’impose : rarement, au cours des deux dernières décennies, un jeu de plate-formes aura eu droit à un level-design aussi pauvre que celui d’Incantation. Un peu comme s’il n’y avait jamais eu les années 80 et Super Mario Bros., et que l’aventure devait inéluctablement se résumer à une ligne droite pas bien longue, avec des ennemis particulièrement statiques et de rares sauts à effectuer. Afin que le joueur ne traverse pas la zone en vingt secondes montre en main, les développeurs ont rusé : pour avoir accès au boss de fin de niveau, il faudra récolter trois épis de blé (généralement disposés en hauteur ou en profondeur, mais jamais difficiles à atteindre), faute de quoi la progression sera entravée par une barrière que garde un guichetier (ou un douanier ? Peu importe). Certes, cela ne rend pas l’action plus trépidante, mais le joueur doit ainsi explorer un peu plus longuement le monde – parfois à l‘aide de téléporteurs placés stratégiquement -, ce qui en moyenne occupe trois minutes à tout casser.

L’importance d’être consistant

Incantation Super Nintendo screen shot 04Le problème, c’est que tout ce qui s’ensuit est à l’avenant : les décors changent, mais les situations restent désespérément immuables. Au bout de dix minutes de ce régime, on s’ennuie déjà ferme, surtout que la pauvreté du gameplay saute aux yeux. Notre héros ne dispose en tout et pour tout que de trois mouvements : le saut, l’attaque magique et la possibilité de frapper le sol avec son bâton (une action qui ne sert que dans une poignée de niveaux). En ramassant l’item associé, on peut accéder à plusieurs sorts pour son arme, mais la différence d’efficacité de l’un à l’autre n’est pas flagrante, les ennemis comme les boss n’ayant de toute façon ni faiblesses élémentaires, ni zones particulièrement vulnérables. La monotonie de l’ensemble est encore accentuée par la bande-son, morne et peu variée, et par les bruitages franchement exécrables. Cela n’aurait pas non plus été un luxe d’introduire un thème dédié aux boss, que rien ici ne met en valeur et qui, malgré leur taille souvent imposante, passent presque inaperçus.

Incantation Super Nintendo screen shot 05Au-delà de ce problème sonore, les affrontements de fin de niveau sont de toute façon très mal pensés. Le constat peut sembler manquer de nuance, mais franchement, trouver des points positifs à ces séquences n’est pas chose aisée. Le cheptel manque vraiment de variété : il n’est pas rare de retrouver la même créature sur deux, voire trois niveaux d’affilée, qui plus est avec la même attaque ! C’est là que le bât blesse une seconde fois : répétés à l’envi selon un pattern immuable, les assauts ennemis sont ridiculement simples à éviter. On est donc bien loin de combats épiques, faisant appel aux compétences du joueur et à son aptitude à tenir la distance… distance qui, en revanche, est belle et bien présente ici, puisque les duels peuvent sans problème s’étaler sur plusieurs minutes. En l’absence de challenge, quel est l’intérêt de la chose ? Le joueur sachant après seulement quelques secondes qu’il sortira aisément vainqueur, le temps semble s’arrêter face à un adversaire sans la moindre ressource.

Un problème de génération ?

Incantation Super Nintendo screen shot 06En dépit de la simplicité de son action, Incantation n’est pas toujours irréprochable en terme de maniabilité, et certains aspects auraient pu être optimisés. Le point le plus gênant concerne les sauts, avec une inertie un peu étrange du personnage et, surtout, le fait qu’il ne s’arrête pas net en se réceptionnant, avec les conséquences que l’on imagine en montagne, par exemple. Autre bizarrerie, la touche attribuée à la course est la même que celle qui permet de frapper le sol : vous déclencherez donc inévitablement les deux actions simultanément, ce qui n’a guère de conséquences fâcheuses mais aurait pu être facilement évité vu le peu de boutons qu’utilisent les commandes. Enfin, les téléporteurs s’activent en tirant dessus : pour peu qu’un ennemi ait la bonne idée de se positionner juste devant l’un d’eux, vous aurez vite fait de vous retrouver à l’autre extrémité de la carte (ce qui, comme dit plus haut, ne représente toujours qu’une distance toute relative).

Incantation Super Nintendo screen shot 07Il est donc peu évident de s’enthousiasmer pour Incantation, qui manque vraiment de personnalité et ne se renouvelle à aucun moment (seul le niveau de la montagne, avec ses rochers à éviter, propose un semblant de variété). Vu sa grande facilité et le faible nombre d’actions disponibles, le titre se destinait certainement à un public très jeune, capable d’en venir à bout sans trop de problèmes ; pour autant, il ne tient pas une seconde la comparaison avec des jeux comme World of Illusion, Aladdin (sur SNES !) ou les Magical Quest, tout aussi accessibles et autrement plus attachants. Des ajouts simples voire évidents, comme une vraie bande-son et une séquence d’introduction ou de fin (et pourquoi pas – soyons fous ! – les deux), auraient pourtant aidé à poser une atmosphère plus prenante et donné un peu de cohésion à l’aventure ; en l’état, il reste surtout l’impression tenace d’un jeu produit à la va-vite, un peu vain et dont la raison d’être reste sibylline. Dans ces conditions, difficile pour lui de trouver son public… règne des 32 bits ou pas !

En conclusion

Ne vous fiez pas aux graphismes enchanteurs de Incantation : ils cachent un jeu sans magie, désespérément plat et sans une once d’originalité. Il aurait pourtant suffi de peu de choses pour en faire un titre honorable, comme un level design un tant soit peu travaillé, mais en l’état, l’objectif de divertir est clairement manqué… et ne semble d’ailleurs même pas avoir été visé.

Note Finale
Technique – 8 /10

Clairement le point fort du jeu, avec une belle exploitation des capacités de la SNES, une animation fluide et l’absence totale de ralentissements (même lors des passages sous la pluie). Reste que les différents décors ne brillent pas par leur variété et que le character design n’a rien de transcendant, ce qui atténue tout de même l’impact de l’ensemble…

Musique – 4 /10

Aïe ! Entre les bruitages qui font saigner les oreilles et la bande-son dénuée de toute inspiration, Incantation est loin d’être inoubliable à ce niveau. Des thèmes moins monocordes et plus dynamiques auraient été bien plus profitables au titre.

Gameplay – 5 /10

En termes d’intuitivité, il est difficile de faire mieux tant le nombre de possibilités est restreint ; la contrepartie, c’est bien évidemment que la progression n’a rien d’enthousiasmant et qu’on se lasse vite d’un système assez fade. Évoquons également les sauts un peu hasardeux, et la faible visibilité vers l’avant due à la taille des sprites.

Durée de vie – 4 /10

Une à deux heures, selon le niveau du joueur, suffisent largement pour boucler le jeu, qui en dehors d’un ou deux passages un poil délicats n’oppose pas une grande résistance. Quant à trouver des raisons d’y revenir, mieux vaut avoir une grande imagination…

Innovation – 2 /10

Générique est certainement le terme qui convient le mieux pour qualifier Incantation. Sans vouloir enfoncer le clou, il est assez invraisemblable, en 1996, de concevoir un jeu manquant à ce point d’identité.

En résumé
Sans magie et sans originalité, Incantation est à oublier, très vite.
4
Mauvais

Infos Pratiques
Développé par Titus Software
Édité par Titus Software
Sorti en 12.1996 (USA)
Sorti en 1996 (Europe)
Pas sorti au Japon
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 4Mb
Pas de sauvegarde
Existe sur rien d’autre
Voir aussi
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