stetson sur la tête, brindille au bec

Lucky Luke

Damned ! Les Dalton se sont encore échappés en cette fin d’année 1997, et la Super Nintendo s’apprête à être le théâtre de leurs méfaits ! La complicité d’Infogrames dans leur évasion ne fait pas l’ombre d’un doute : au vu de son passé dans l’adaptation de bandes dessinées franco-belges (Astérix, Les Schtroumpfs, Tintin, Spirou), le studio français avait déjà acquis de longue date le profil du parfait récidiviste. Cette expérience accumulée aura-t-elle permis à Lucky Luke d’accrocher le wagon des bons jeux de plate-formes, ou s’agit-il finalement d’une simple cartouche à blanc ?

A l’Ouest, du nouveau ?

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 01Au-delà de son rôle d’introduction, la question mérite réellement d’être posée, car Infogrames était passé maître dans l’art de souffler le chaud et le froid – bien souvent les deux à la fois – au fil de ses précédentes tentatives sur le support. Il faut bien le dire, la recette ne variait pas beaucoup d’un titre à l’autre, et les ingrédients en étaient toujours aisément identifiables : prenez une réalisation plutôt séduisante, saupoudrez d’une réelle volonté de coller à l’esprit de l’œuvre originale et agrémentez le tout d’une bande-son sympathique. Appétissant, n’est-ce pas ? L’intérêt du joueur éveillé, prenez alors soin de dégommer le tout avec une maniabilité perfectible, un gameplay sans grande saveur et, surtout, une difficulté monstrueuse et souvent injuste.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 02Si les Schtroumpfs ont pu devenir une source d’extermination de manettes chez les joueurs pas assez habiles (en d’autres termes : humains), qui sait dès lors à quoi s’attendre lorsque la silhouette du « poor lonesome cowboy » se profile à l’horizon… Impossible évidemment de retracer, en douze petits niveaux, toutes les rencontres tumultueuses d’un cow-boy alors déjà quinquagénaire (sa création remonte à 1946 !). Exit donc Calamity Jane, Billy the Kid ou Ma Dalton : seuls les quatre frangins en pyjamas rayés nous honorent de leur présence, ce qui est bien la moindre des corrections.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 03On croise tout de même, de façon très occasionnelle, quelques figures plus ou moins récurrentes des albums : le temps d’un niveau, Jolly Jumper se lancera ainsi au galop à la poursuite d’un train, tandis que le croque-mort s’improvisera à deux reprises arbitre de duels et que Rantanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest, fera une apparition bien trop furtive dans le pénitencier pour faire honneur à sa réputation. En termes d’ambiance, le jeu se signale surtout par sa bande-son bien dans le ton, ainsi que par les écrans fixes entrecoupant les niveaux, présentés à la façon d’une bande dessinée : une idée sympathique et bien mise en œuvre, qui permet de suivre, sans casser le rythme, l’avancée d’un scénario bien mené à défaut d’être trépidant.

Des ombres au tableau…

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 04La variété des environnements traversés est à ce titre très appréciable, et leur choix toujours pertinent : le saloon, la mine, les étendues désertiques ou encore le train sont autant de valeurs sûres que l’on a plaisir à parcourir… dans un premier temps au moins. En effet, si leur rendu visuel est agréable (et ce, en dépit de décors un peu vides et qui se répètent beaucoup au sein d’un même stage), on se rend vite compte que le level design est bien trop scolaire : les niveaux se traversent souvent au pas de course, sans la moindre embûche, et même l’habituel subterfuge consistant à imposer quelques allers-retours pour débloquer une situation à l’aide d’un objet spécifique ne fait guère illusion.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 05L’habileté et les réflexes ne sont jamais vraiment nécessaires pour surmonter une difficulté : une fois que l’on connaît la position des adversaires, même leur respawn systématique n’a rien de dangereux. D’ailleurs, s’il faut pointer du doigt un responsable au manque de challenge global dont souffre le titre, ce sont bien ces ennemis juste fantomatiques, qui procèdent tous de la même façon : planqués dans le décor, ils « surgissent » avec l’agilité d’un Steven Seagal période post-Casey Ryback, observent un temps de réflexion, puis décochent enfin un tir défiant les lois de la gravité, tant la lenteur de la balle ou de la flèche (s’il s’agit d’Indiens) devrait l’empêcher de fendre l’air.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 06Leur attaque perpétrée, ils disparaissent aussi sec : JAMAIS, à l’exception du spectre qui hante le saloon, l’un d’eux ne se lancera à votre poursuite pour arriver à ses fins. Conséquence directe : les trois premiers niveaux sont une vraie promenade de santé et se traversent d’une traite, ni plus ni moins. Si le jeu se montre moins expéditif par la suite, il le doit surtout aux petites énigmes qui émaillent la progression et peuvent parfois demander réflexion : leur résolution reste toutefois assez logique dans l’ensemble, on est loin par exemple du sadisme d’un Tintin au Tibet dans ses grandes heures.

… mais du travail de pro !

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 07Ces défauts mis en exergue, il n’en reste pas moins que ce Lucky Luke de pixels n’a rien d’une corvée à manier : les actions disponibles (courir, tirer, sauter et poser un bâton de dynamite) sont assez simples pour que le joueur lambda prenne vite le pli, et si les sauts ne sont pas d’une précision optimale, le problème est très relatif vu le peu de situations exigeantes à ce niveau. Les plus jeunes pourront s’y frotter sans problème, et plus tolérante sur l’erreur que ces devancières, cette adaptation semble enfin se destiner à tous les publics. De plus, Infogrames fait montre d’une belle volonté de diversifier les situations : la plate-forme classique a bien sûr la part belle, mais elle doit cohabiter avec des niveaux dans le désert axés sur le tir et l’évitement d’obstacles.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 08Réalisées dans une pseudo-3D moyennement convaincante (les distances et les positions des objets ne sont pas simples à appréhender), ces phases ne sont hélas pas flamboyantes : même dans cette partie de shoot pur, le rythme s’avère bien mollasson, et la mire du révolver n’étant pas déplaçable, il suffit de cliquer au moment où l’objet importun apparaît pour s’en débarrasser. Citons également le niveau du train, certainement le plus « nerveux » (les guillemets s’imposent…) et le plus réussi du plateau : la poursuite à cheval évoquée plus haut y est suivie d’une libération d’otages, puis d’une succession de duels avec Joe Dalton en personne. Le niveau du camp indien est également de belle facture, avec sa série de petites épreuves destinées à gagner la confiance du chef de la tribu, et ce même s’il met également en lumière l’une des tares du jeu : l’absence de checkpoints, qui oblige à reprendre le niveau du début en cas d’échec.

Lucky Luke Super Nintendo screenshot 09D’une façon plus générale, le soft semble monter en régime à mesure que la fin approche, sans jamais atteindre des sommets certes, mais le résultat d’ensemble est finalement plus convaincant et varié que ne le laissaient supposer les premières minutes de jeu ; de là à dire qu’il justifiait un prix corsé (aux alentours de 500 francs) à une époque où la Super Nintendo n’était déjà plus souveraine dans les salons, c’est un autre débat, mais l’amateur de rétrogaming qui investira la dizaine d’euros requise aujourd’hui pour obtenir la cartouche (hélas souvent en loose) ne devrait pas se sentir floué outre mesure.

En conclusion

Dommage que Lucky Luke pâtisse à ce point d’une action franchement poussive : avec des ennemis à la hauteur de l’Ouest Sauvage et un rythme plus soutenu, on aurait tenu plus qu’un petit titre respectable, dont la principale qualité est sans doute d’être bien adapté au grand public. En l’état, le travail réalisé par Infogrames est honnête et toujours aussi soigné, mais aussi trop académique pour être réellement enthousiasmant : une fois l’aventure terminée, il est franchement difficile d’imaginer ressortir un jour la cartouche de sa boîte.

Note Finale
Technique – 7 /10

L’aspect graphique est à la fois fidèle à l’œuvre originelle et agréable à l’œil ; une réussite donc, toutefois tempérée par des arrière-plans bien vides. L’animation, quoiqu’elle eût pu être un peu mieux décomposée, est globalement à la hauteur, et l’ensemble ne souffre d’aucun ralentissement.

Musique – 7 /10

Un peu répétitifs et pas forcément très riches, les différents thèmes collent toutefois bien à l’ambiance ; les niveaux étant de toute façon très courts, le joueur n’a pas le temps de s’en lasser… A noter, fait assez rare dans un jeu de plate-formes, la présence d’un sound test accessible à tout moment dans le menu des options. Pas grand-chose à dire des bruitages, assez discrets et peu marquants.

Gameplay – 8 /10

Les réelles coquilles sont discrètes et peu fréquentes, comme le fait, dans certains passages, de ne pas voir en contrebas lorsqu’on descend d’une plateforme ; le léger flottement qui caractérise les sauts effectués en courant est aussi malvenu. Mais franchement, Lucky Luke s’avère rarement frustrant à ce niveau, et l’erreur n’est pour ainsi dire jamais synonyme de mort instantanée.

Durée de vie – 5 /10

Lucky Luke n’est pas bien long du haut de ses douze niveaux, mais certains passages peuvent nécessiter pas mal d’essais s’ils sont pris du mauvais pied (comme le saloon de Coyote Gulch ; saleté de fantôme chapardeur de clé !). Quant à vouloir y revenir, il faut vraiment être en rade de bons jeux ou avoir une montée de nostalgie pour que l’idée traverse l’esprit.

Innovation – 3 /10

Ce qui était innovant (et encore…) cinq ou six ans plus tôt paraît déjà limite suranné fin 1997. Infogrames applique consciencieusement la recette des meilleures soupes dans les vieux pots, mais la démarche manque singulièrement d’audace.

En résumé
Trop académiques, les aventures de Lucky Luke sont bien trop poussives pour susciter l’engouement.
6
Moyen

Infos Pratiques
Développé par Infogrames
Édité par Infogrames
Sorti le 27 octobre 1997 (Europe)
Pas sorti aux USA
Pas sorti au Japon
action
1 seul joueur
Cartouche de 16Mb
Pas de sauvegarde (*)
Existe aussi sur Game Boy Advance
(*) il y a malgré tout un système de mots de passe, donnés tous les deux niveaux en mode Facile, tous les trois niveaux en mode Difficile)
Plus Loin
Les versions Game Boy, Game Boy Color et Playstation sont des jeux sans lien direct avec cette mouture SNES. Lucky Luke Wanted, sorti en 2001 sur Game Boy Advance, en est pour sa part une adaptation fidèle, bien que cette dernière ne comporte plus que sept niveaux (dont un bonus). Il se dote aussi d’un mode multijoueur qui était absent de l’original.
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