la jungle comme si vous y étiez

Disney’s The Jungle Book

C’est acquis depuis longtemps : la Super NES nous a offert, plus qu’à son tour, de très grands moments de bonheur vidéoludique. Mais on peut aussi se montrer un peu amer quant au traitement réservé à certains de ses jeux. Et là, je vise tout particulièrement les titres qui se retrouvaient à la fois sur Megadrive et sur Super NES, avec, il faut bien l’avouer, une confrontation qui tournait souvent en faveur de la machine de Sega.

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 01)Tout comme les aventures d’Aladdin ou d’Earthworm Jim, celles de Mowgli s’inscrivent dans ce contexte particulier. Si sur Megadrive, une grosse partie du développement sera réalisée par Virgin Games USA, un studio au sein duquel on trouve un certain David Perry (*), sur Super NES, c’est un autre studio, Eurocom, qui façonnera de A à Z l’adaptation de ce grand classique Disney. Le résultat sera probant mais – vous le devinez peut-être au ton de mon intro – sensiblement différent du jeu sorti sur la console d’en face. Explications.

(*) une partie seulement, car Perry arrêtera le développement de The Jungle Book MD pour fonder Shiny Entertainment et emmènera avec lui une bonne partie de son équipe ; la version MD du jeu sera aussi terminée par Eurocom, qui “récupèrera” pour cette version une grosse partie du boulot abattu par Perry

Dans la jungle, terrribllllleeeeeeeeuuuuu jungle…

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 02)The Jungle Book fait partie de ces films Disney intemporels, un classique parmi les classiques : parce que réalisé à l’ancienne, avec des dessins faits à la main, mais aussi parce qu’il s’agit du dernier film qui sera supervisé par Walt Disney lui-même, avant sa mort (le 15 décembre 1966). Le film est sorti au cinéma en 1967 et s’inspire d’un recueil de nouvelles signé par Rudyard Kipling. À l’image de ce que je vous confiais pour le test de Pinocchio, lors de la réalisation de son film, Disney a une nouvelle fois pris de grandes libertés par rapport au bouquin original. Les aventures du jeune Mowgli perdent donc en grande partie leur statut de conte moralisateur, pour devenir un produit de divertissement exquis, accessible au plus grand nombre.

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 03)La base de l’histoire reste cependant la même. Trouvé dans la jungle par Bagheera la panthère noire, Mowgli est recueilli et élevé par une famille de loups, goûtant pendant des années à une vie sans problèmes. Jusqu’au moment où le retour de Shere Khan le tigre fait trembler toute la jungle. Bagheera reçoit alors pour mission de mener Mowgli sain et sauf jusqu’au village humain le plus proche, et de le laisser retrouver une vie “normale” parmi ses semblables. Ce périple à travers la jungle sera l’occasion, pour le duo, de croiser la route de personnages inoubliables que vous connaissez certainement : Baloo l’ours, Kaa le serpent hypnotiseur, King Louie et sa cour de macaques, la compagnie d’éléphants du colonel Hathi…

Dis, Virgin, raconte-moi une histoire

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 04)Virgin tente – très modestement – de nous raconter une histoire. Du coup, son jeu prend la forme d’un livre découpé en chapitres, que l’on va feuilleter tout au long de la partie. L’idée est bonne, bien qu’à mon avis, elle brouille un peu les pistes. Ben oui, le soft est l’adaptation du long métrage Disney, pas celle du bouquin original de Kipling… Mais bon, c’est peut-être moi qui suis, pour le coup, un peu trop attentif à des broutilles… Schématiquement, le soft est découpé en trois grandes parties, chacune terminée par un boss : les chapitres 1 à 3 dans la jungle épaisse (avec un dernier chapitre qui se clôt par l’affrontement avec Kaa), les chapitres 4 à 6 (Mowgli y traverse un village au cœur de la jungle, se paie une virée à dos de perroquet, pour finalement entamer l’ascension d’une superbe cascade et affronter King Louie), et enfin les chapitres 7 à 10 (qui, à mon sens, reprennent les plus beaux niveaux du soft : ruines envahies de végétation, parcours à la cime des arbres, virée dans la jungle pendant la nuit… et affrontement final, contre Shere Khan en personne, avec pour décor une terre stérile ravagée par le feu).

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 05)Si dans l’ensemble, les décors proposés par The Jungle Book sont vraiment jolis et font, comme on dit, leur petit effet, une fois le soft terminé, l’objectivité reprend le dessus et on émet quelques réserves : la jungle, c’est bien sympa, on y entend des sonorités intrigantes ou effrayantes (au demeurant, très bien reproduites par la console)… mais c’est aussi très vert, épais, et pas franchement varié ! Virgin tente bien de rattraper le coup avec des environnements différents qui comptent parmi les plus réussis du jeu (le village, les chutes d’eau, les ruines…) mais n’empêche que la jungle est toujours là, bien présente, et pesant de tout son poids, en toile de fond.

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 06)Esthétiquement, on n’est pas non plus en présence d’environnements aussi aboutis que dans d’autres jeux : ils sont bien pensés, mais pas toujours très propres en terme de rendu, avec une pixellisation par moment assez marquée. Du coup, difficile d’y voir le pendant des décors du film, contrairement aux personnages qui eux, sont parfaitement animés et auraient tout à fait leur place dans un long métrage d’animation. Tel un aimant, Mowgli attire d’ailleurs sur lui tous les regards. Le “petit d’homme” est un acrobate-né qui se joue des pièges de la jungle.

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 07)Et même si la précision n’est pas toujours de mise (notamment quand il évolue de liane en liane, ou lorsque les plates-formes se dérobent sous ses pieds et qu’il faut réagir vite), c’est un réel plaisir de lui faire faire des sauts d’une longueur impressionnante, de le voir se balancer au bout d’une liane avec une aisance déconcertante, ou encore de le voir se servir de son pagne comme d’un parachute (c’est même assez tordant, mais c’est aussi très utile, car une bonne partie du jeu se déroule dans les hauteurs, avec des chutes mémorables à la clé). Tout aussi amusant : quand on le laisse tranquille quelques secondes ou qu’il arrive en fin de niveau, on le voit mimer un combat de boxe, esquisser un pas de danse, jongler avec des bananes… Chapeau aux animateurs !

Musicalement ? L’essentiel, et pas plus

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 08)L’aventure du jeune Mowgli s’apprécie aussi avec les oreilles, et là, soyons réalistes, le constat est un peu moins flatteur pour Eurocom. Il y avait pourtant matière à nous offrir une bande-son de tout premier ordre, avec des morceaux très connus tels que “Il en faut peu pour être heureux” (The Bare Necessities), “Être un homme comme vous” (I Wanna Be Like You) ou “La Marche des éléphants” (Colonel Hathi’s March). Les deux premiers se retrouvent incorporés dans le jeu et on les reconnaît assez vite. Ils viennent illustrer ici et là certains niveaux et voient leur tempo s’emballer quand Mowgli est sur le point de se faire avoir. Sinon, pour les autres niveaux (qui constituent la majorité du soft), ces morceaux célèbres cèdent la place à des musiques d’ambiance faites de sonorités tribales, de cris d’animaux et autres bruissements. L’atmosphère “jungle” est alors parfaitement restituée, et sert idéalement de support aux bruitages “in game” : cris des singes, barrissements d’éléphants, petits cris de Mowgli quand il pousse un bloc de pierre ou est touché…

Et pan ! Une banane dans les dents !

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 09)Pour survivre dans la jungle impitoyable, point d’armes à feu ou d’armes blanches. Oh que non ! L’ami Mowgli doit se rabattre sur ce qui se trouve à portée de main, en abondance, et vu que l’on est en pleine jungle, ce sont essentiellement… des bananes, qu’il pourra lancer à volonté ! Dans un registre tout aussi fruitier, il ramassera des noix de coco, papayes et autres mangues, qui lui serviront d’armes spéciales : certains de ces fruits roulent au sol, d’autres -tels des missiles à tête chercheuse- vont suivre les ennemis à la trace, etc.

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 10)La jungle n’a cependant pas que des fruits à offrir : elle regorge aussi d’objets plus précieux, comme les pierres vertes (en récolter un nombre suffisant donne accès à de petits stages bonus), les pierres rouges (elles suivent la même logique, mais pour les “continue”) ou les petites idoles bleues (qui font apparaître des “aides” dans les niveaux, comme des lianes supplémentaires par exemple). Des masques de sorcier, nettement plus rares, rendront Mowgli temporairement invincible, alors que des 1UP, toujours placés dans des endroits plus difficiles d’accès, attendront sagement la venue du petit d’homme pour être cueillis au passage.

Vous n’auriez pas vu Bagheera ?

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 11)Même si, sans surprise, Mowgli occupe le rôle principal, en bonne adaptation, The Jungle Book est aussi une bonne occasion pour retrouver les autres personnages du long métrage, mais ils sont cependant cantonnés à des rôles secondaires. D’emblée, contrairement à la version Megadrive, il n’y a pas la moindre trace de Bagheera (hormis dans l’intro), mais les autres persos importants du film sont là. L’ami Baloo donne ponctuellement à Mowgli un masque d’invincibilité, en cours de niveau… ou attend son ami à la fin de celui-ci. Le petit éléphanteau, fils du colonel Hathi, sert de checkpoint en agitant un petit drapeau au passage de Mowgli. Ponctuellement, phasmes et hiboux aident aussi le jeune héros, les premiers en l’amenant à un endroit précis, les seconds en distribuant des items intéressants (coeurs d’énergie par exemple).

Disney's The Jungle Book Super Nintendo (screenshot 12)Si les ennemis communs sont plutôt génériques et conforme à l’idée que l’on se fait de la faune dans la jungle (singes en pagaille, serpents tout aussi nombreux -dont certains servent de trampoline-, écureuils, porc-épics, chauve-souris…), on retrouvera aussi des têtes connues parmi les boss : Kaa le serpent (premier boss, mais véritable calvaire pour le joueur, à cause des cercles qui sortent de ses yeux et qui suivent Mowgli à la trace), King Louie (adepte du lancer de bananes et autres fruits, que l’on affronte à deux reprises) et enfin le terrible Shere Khan, dernier rempart entre le joueur et le générique de fin du soft.

En conclusion

The Jungle Book est, dans cette version Super NES, un divertissement de qualité. Ses graphismes sont une réussite, même si on a déjà vu un peu mieux dans d’autres titres Disney comme, par exemple, Le Roi Lion. Les animations, très fluides, insufflent vie et humour au petit héros et aux autres personnages. On se montrera par contre plus critique face à la jouabilité parfois limite (imprécision, par moment, dans les déplacements et sauts de Mowgli), la répétitivité qui s’installe progressivement (la faute à des décors qui se ressemblent, malgré quelques variations), ou encore le nombre ridicule de boss (trois pour tout le jeu). On additionne ces éléments, on soustrait l’âge du capitaine, et on obtient un jeu qui ne démérite pas… mais qui aurait pu être meilleur. Je vous avais prévenu en début de test : l’histoire se répète… Là où la Megadrive accueillait un soft plus mature, la Super NES héritait d’un jeu de plate-forme divertissant, mais sensiblement différent et pas exempt de points faibles.

Note Finale
Technique – 7 /10

Animations très fluides et sans accrocs, environnements réussis bien que pas toujours très nets en terme de rendu : The Jungle Book est techniquement réussi, mais un peu en retrait par rapport à d’autres jeux Disney sur la même console.

Musique – 6 /10

Les développeurs ont conservé deux des chansons phares du film, le reste du soft étant illustré par des musiques d’ambiance aux sonorités typiquement “jungle”. On s’attendait à plus, mais c’est déjà pas si mal.

Gameplay – 6 /10

Le petit d’homme répond comme il faut, mais il fait parfois preuve d’imprécision lors de ses sauts ou déplacements. Hormis ce léger défaut, on le dirige sans peine et on lui fait faire à peu près tout ce que l’on veut.

Durée de vie – 7 /10

Pas toujours évident, surprenant le joueur là où il ne s’y attend pas (cfr combat contre Kaa, le premier boss), The Jungle Book possède une durée de vie plus que correcte, d’autant plus que les “continue” se méritent et qu’il n’y a pas de mots de passe ou autres sauvegardes.

Innovation – 6 /10

Comme certains autres films de Disney, The Jungle Book ne propose pas forcément le “bagage” idéal pour un jeu vidéo (cfr le faible nombre de boss, l’action dans la jungle du début à la fin…), mais Eurocom s’en tire honorablement avec un jeu de plate-forme de bonne facture au gameplay convenu mais plaisant.

En résumé
Héros d’un jeu divertissant, le “petit d’homme” se débrouille fort bien sur Super NES.
7
Bon

Infos Pratiques
Développé par Eurocom
Édité par Virgin Interactive
Sorti le 15.07.1994 (Japon)
Sorti le 29.09.1994 (Europe)
Sorti en 08.1994 (USA)
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 16Mb
Pas de sauvegarde
Existe aussi sur NES, GB, GBA, MD, Master System…
Plus Loin
Virgin Interactive a décliné son jeu sur quasiment toutes les consoles de l’époque, en composant avec les spécificités techniques de chacune d’entre elles. Puisque je l’ai évoquée dans ce test, parlons un peu de la version Megadrive. La gestuelle de Mowgli y est quasiment la même que sur Super NES, à quelques petits détails près. Même chose pour les illustrations qui précèdent chaque niveau, les items, la plupart des ennemis et les boss. C’est surtout au niveau du contenu que la console de Sega affirme sa différence. Pour boucler un niveau, le joueur doit impérativement récupéré un certain nombre de pierres précieuses et les amener à Bagheera. Les lieux traversés sont un peu plus variés et affichent – visuellement – des différences plus marquées d’un endroit à l’autre. Enfin, si la Megadrive ne peut rivaliser en terme de couleurs affichées simultanément à l’écran, elle propose en contrepartie des niveaux plus vastes, plus aérés, couplés à des graphismes très fins.
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