copier ne mène nulle part

Fighter’s History

Acteur historique du marché de l’arcade, Data East a vite compris que le succès grandissant des consoles n’était pas une menace, mais bien une opportunité à saisir pour diffuser ses jeux à plus grande échelle. Logique, cette prise de conscience n’avait rien de visionnaire (Capcom, Konami, Taito et les autres grands noms du jeu vidéo japonais suivront la même voie), mais elle permit de faire le lien entre un marché déjà bien développé (l’arcade) et un autre en pleine explosion (le jeu sur consoles).

Fighter's History Super NES (screenshot 01)Comme ses pairs, Data East allait donc s’appliquer à recycler, sous forme de cartouche, quelques-unes de ses bornes, dont un certain Fighter’s History. Naïvement, je ne soupçonnais pas le développeur d’avoir un jour sorti un jeu de baston boxant dans la même catégorie que Street Fighter II. Et en fait, c’est même pire que cela : Fighter’s History s’est tellement “inspiré” du hit de Capcom que Data East a été traîné devant les tribunaux pour plagiat. Au cours du procès qui suivi, ses avocats ont signé un “hadoken” juridique assez mémorable qui, à la surprise générale, laissera Capcom sur la touche (en gros, ils ont réussi à démontrer que le jeu avait pour origine Karate Champ, une vieille borne de Data East sortie en 1984, et non Street Fighter II apparu bien après). Mais du côté des joueurs, le mal était fait et Fighter’s History était devenu une curiosité : “le jeu qui copiait le hit de Capcom”…

Présomption d’innocence

Fighter's History Super NES (screenshot 02)Dans les séries policières, on aime bien nous répéter qu’un suspect est présumé innocent tant qu’on a pas apporté la preuve de sa culpabilité. Pour ce test, je vais donc enfiler mon imper de Columbo et essayer de m’en tenir aux faits, histoire de ne pas directement taxer Data East de vil copieur (ce qui, vous le verrez, est très difficile, mais soit…) ! Et déjà, ça commence plutôt mal, puisque le point de départ de Fighter’s History est, je vous le donne en mille… un célèbre tournoi international d’arts martiaux ! Il est organisé tous les ans par un énigmatique personnage que l’on surnomme “K” et qui a pris pour habitude de remporter à chaque fois son propre tournoi. Malgré cela, les combattants les plus forts et les plus prestigieux de la planète font à chaque fois le déplacement pour se mesurer les uns aux autres. Certains cherchent la gloire et la reconnaissance, alors que d’autres visent uniquement la fortune.

Fighter's History Super NES (screenshot 03)Cette année, neuf experts “es-torgnoles” ont rempli leur bulletin d’inscription, et ils sont d’horizons plutôt divers : Mc Dougal (un détective venu de Los Angeles qui est présenté comme le perso principal du jeu), Makoto Mizoguchi (un lycéen délinquant originaire d’Osaka), Liu Feilin (une actrice chinoise dont le coup de poing est du genre meurtrier), Ryoko Kano (une lycéenne japonaise qui, depuis l’âge de trois ans, pratique le judo avec son grand-père), Matlok Jade (un guitariste punk rock à la recherche d’une guitare légendaire), Samchay (un combattant d’origine thaïlandaise), Lee Diendou (un maître chinois qui participe au tournoi pour démasquer le meurtrier de son père), Jean (un gymnaste français venu aux arts martiaux pour parfaire sa force et sa grâce dans l’exercice de sa discipline), et enfin Marstorius (un catcheur professionnel, originaire d’Italie, qui a quarante balais passés).

Troublantes similitudes

Fighter's History Super NES (screenshot 04)Selon le schéma habituel, si ils parviennent à se défaire de leurs huit adversaires, ils devront ensuite en découdre avec deux boss. (*) Le premier est Clown, un adversaire qui, comme son nom le laisse supposer, appartient à un cirque. Face à lui, la rigolade ne sera pourtant pas de mise puisque le gaillard adore prendre son adversaire pour un ballon et, un peu comme Gambit dans X-Men Mutant Apocalypse, s’applique à lui jeter des cartes à la tête. Le second et déjà dernier boss du jeu est l’organisateur du tournoi en personne, Mister K… qui, en fait, n’est autre que Karnov, un personnage que l’on retrouve notamment dans un autre jeu Data East du même nom. Si ce survol rapide ne permet pas de tirer de grandes conclusions sur le casting du jeu, quelques parties suffisent cependant pour comprendre ce qui a poussé Capcom au procès.

Fighter's History Super NES (screenshot 05)En effet, que ce soit au niveau des illustrations entre les combats, de la morphologie des combattants, de leurs coups et autres prises, ou encore de la manière dont le jeu se prend en main, les similitudes avec Street Fighter II sont pour le moins troublantes, sinon flagrantes. Karnov, petit et trapu, se prend pour Dhalsim et transforme son adversaire en torche humaine. Marstorius est quasiment un clone de Zangieff qui, comme son modèle, ceinture son adversaire par l’arrière pour le plaquer au sol. Samchay, grand kick-boxeur thaï et cousin éloigné de Sagat, n’a pas son pareil pour envoyer des coups de pied dans la tronche. Ryoko, la judoka, est quasiment un clone de Ryu, en version fille. Quant à Jean, il incarne un mix entre Guile et le très efféminé Vega… Je m’arrête là, mais vous avez compris l’idée. Pour qui connaît un peu le jeu de Capcom, il faut vraiment être aveugle ou de mauvaise foi pour affirmer que Street Fighter II n’a pas fortement déteint sur Fighter’s History.

(*) Contrairement à la version arcade, cette cartouche Super NES permet de jouer avec les deux boss du jeu, à condition de rentrer le code suivant quand on est sur l’écran-titre : droite, droite, haut, haut, L, R.

Une grosse originalité… et pas une de plus

Fighter's History Super NES (screenshot 06)En cherchant bien, on peut cependant mettre le doigt sur la petite originalité de Fighter’s History : le système de “points faibles”… Mais c’est bien la seule. Chaque personnage du jeu possède un point faible qui varie d’un combattant à l’autre. C’est toujours un vêtement ou un accessoire vestimentaire (un bandana, une ceinture, une veste, un masque…). En frappant à plusieurs reprises le point faible de l’adversaire, l’accessoire qui le représente se met à clignoter, pour finalement tomber au sol. C’est à ce moment précis qu’il faut agir : l’adversaire est sonné et vulnérable pendant un très court instant. Tout ceci ne peut se produire qu’une fois par manche : il faudra donc en profiter pour assener un coup qui fait bien mal. En extrapolant un peu, les fans de Capcom verront dans ce système de points faibles le même principe que celui de la griffe d’acier de Vega, et ils n’auront pas tort.

Fighter's History Super NES (screenshot 07)Mais il faut cependant reconnaître que, dans Fighter’s History, les points faibles s’appliquent à tous les persos et qu’ils ont une incidence bien réelle dans le gameplay. Enfin, si le parallèle entre Fighter’s History et le jeu de Capcom est inévitable, c’est aussi en grande partie à cause des sensations qu’il procure une fois le pad en main. L’attribution des boutons est quasiment similaire à celle de Street Fighter II, avec trois boutons dédiés aux coups de poing et trois boutons dédiés aux coups de pied. Chacun de ces deux coups est disponible en trois niveaux de puissance (coup léger, coup moyen, coup fort) et des coups spéciaux style projection ou lancement de boules d’énergie sortent aussi si on triture croix directionnelle et boutons. Pour peu qu’on ait pratiqué la série de Capcom, on retrouve donc très vite ses marques (ce qui est plutôt positif), et ce, quel que soit le mode de jeu choisi.

Fighter's History Super NES (screenshot 08)Outre les habituels modes solo (CPU battle) et 2 joueurs (Versus), on s’étonnera surtout de trouver dans Fighter’s History un mode Survival que l’on peut pratiquer seul ou à deux. Dans celui-ci, chaque participant compose une équipe de cinq combattants et c’est celui qui parviendra à décimer toute l’équipe de l’adversaire qui remportera la partie. Plutôt efficace, ce mode de jeu présente malgré tout, selon moi, un défaut de taille : entre chaque combat, le perso vainqueur récupère une jauge d’énergie complète, ce qui tue complètement le suspens. Si on est un peu doué, on peut mettre KO les cinq combattants de l’adversaire avec un seul et même perso. Redonner seulement une petite quantité d’énergie à chaque combat remporté aurait été plus malin de la part des développeurs. C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans plusieurs jeux SNK, et ça fonctionne particulièrement bien. Alors, pourquoi pas ici ?

Copieur jusqu’au bout des pixels ?

Fighter's History Super NES (screenshot 09)Si, comme nous venons de le voir, Fighter’s History colle de près aux basques de Street Fighter II, faut-il pour autant le considérer comme un vulgaire clone à peine déguisé et sans intérêt ? Eh bien, je vais peut-être vous surprendre, mais pas forcément. Le jeu a beau manquer sévèrement d’originalité et de personnalité, il peut quand même compter sur une réalisation assez agréable. Comme le veut la tradition, les différents combattants ont droit à leurs propres décors. Kitsch (Versailles pour Jean, avec spectateurs en costumes d’époque !), très vides (lac de montagne pour Lee, désert brûlant pour Karnov) ou plus réussis (la fontaine partiellement animée du stage de Marstorius, ou l’intérieur d’un chapiteau de cirque pour Clown), ils sont suffisamment détaillés, et parfois même animés. On ne s’étonnera pas de retrouver, comme chez Capcom, des éléments destructibles placés de part et d’autre de chaque aire de combat et qui voleront en éclats au gré des coups et projections des deux adversaires.

Fighter's History Super NES (screenshot 10)Le scrolling au sol, bien que présent, ne saute pas aux yeux (c’était un des points forts du jeu de Capcom, que ce soit en arcade ou sur Super NES). Les sprites ont une taille appréciable, et leurs mouvements dégagent une certaine classe. On pourra notamment apprécier cet aspect du jeu quand, à la fin d’un combat, le vainqueur assène le coup de grâce à son adversaire, ce qui déclenche un ralenti. Malgré des bruitages suffisamment crédibles pour le bruit des coups, ou quand un des persos est projeté au sol, la bande-son est loin d’être un des points forts du titre. Des digits vocales différentes sont prévues pour chaque protagoniste, mais elles sont à chaque fois accompagnées d’un petit effet d’écho désagréable. La voix off du commentateur n’est pas, elle non plus, très motivante pour chauffer l’ambiance, et vu qu’on l’entend très souvent, plus de dynamisme et de pêche n’auraient pas été superflus…

Le mot de la fin

Fighter's History Super NES (screenshot 11)Que ce soit sur le Net francophone, ou même sur le Net tout court, vous ne trouverez pas beaucoup d’articles sur ce premier Fighter’s History. Ses suites ont eu, à cet égard, nettement plus d’écho auprès des joueurs. A la limite, le jeu est même plus connu pour avoir été à l’origine d’un procès entre Capcom et Data East, que pour ses qualités ludiques. Pourtant, passé le cap de la curiosité et de l’interrogation “clone ou pas clone ?”, on découvre un soft qui, objectivement, n’est pas si mauvais que cela. Sa réalisation est plutôt soignée et sa prise en main, à défaut d’être originale, est immédiate. Ce qui lui fait surtout défaut, c’est de la personnalité : associé à un character design plus travaillé et personnel, son système de “points faibles” aurait peut-être pu séduire les fans de jeux de baston. Au lieu de cela, cette timide et unique caractéristique originale est noyée dans un océan d’éléments repompés chez la concurrence, Capcom en tête. La morale que l’on retiendra de Fighter’s History ? S’inspirer de la concurrence, c’est bien et ça fait même progresser, mais au-delà d’une certaine limite, on perd toute crédibilité…

Note Finale
Technique – 6 /10

Data East s’en sort plutôt pas mal : décors relativement originaux, sprites de bonne taille, mouvements crédibles font de la réalisation de Fighter’s History un des bons points du jeu.

Musique – 5 /10

Rien d’exceptionnel à signaler : les bruitages sont convaincants mais les digits vocales souffrent d’un effet d’écho. La voix du commentateur manque de dynamisme et d’enthousiasme.

Gameplay – 7 /10

L’élément le plus flagrant en terme de “repompage” sur Street Fighter II : les deux jeux ont quasiment la même disposition des touches ! Du coup, la prise en main de Fighter’s History est bonne.

Durée de vie – 6 /10

En solo, Fighter’s History se termine plutôt facilement, et ce, même si on peut régler la difficulté dans les options du jeu. Le mode 2 joueurs porte, comme bien souvent, la durée de vie à bout de bras.

Innovation – 4 /10

Difficile de mettre une note plus élevée pour un jeu qui copie ouvertement les traits d’un titre concurrent. Les deux blocs attribués concernant son système de points faibles, sa seule originalité.

En résumé
Malgré quelques originalités, Data East s’inspire beaucoup trop de Capcom…
6
Moyen

Infos Pratiques
Développé par Data East
Édité par Data East
Sorti le 27.05.1994 (Japon)
Sorti en 08.1994 (USA)
Pas sorti en Europe
combat
1 à 2 joueurs
Cartouche de 32Mb
Pas de sauvegarde
Existe aussi en arcade
Encore + d’images
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