Yoshihisa Kishimoto, Enter the Double Dragon : mes impressions

Yoshihisa Kishimoto ? Jusqu’il y a peu, j’avoue que ce nom m’était inconnu. Pourtant, le fait que Pix’n Love lui consacre un tome entier dans sa collection Les Grands Noms du Jeu Vidéo aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Thunder Storm, Road Blaster, les séries Kunio-kun (Renegade) et Double Dragon… À la simple énonciation des titres qui ont jalonné sa carrière, on comprend vite que Kishimoto San a largement contribué à l’évolution du jeu vidéo au cours de ces trente dernières années. Comment se fait-il, dès lors, que ce prolifique créateur soit si méconnu en Occident, et même au Japon ? Avec ce nouveau livre “hommage”, subtilement sous-titré Enter the Double Dragon, Florent Gorges nous apporte quelques éléments de réponse…

Si on dit parfois que notre vécu influence le reste de notre parcours dans la vie, pour Yoshihisa Kishimoto, rien n’est plus vrai. Son enfance aura été très contrastée, avec certes de nombreux moments de bonheur, mais aussi des railleries à répétition de la part de ses camarades de classe et un père qui se montrera parfois violent. Ces deux éléments, couplés à la découverte des films de Bruce Lee (une vraie “révélation” pour le jeune Yoshihisa), provoqueront chez lui un véritable déclic et un changement de comportement hors du commun. L’élève transparent, brimé par les autres élèves, va très rapidement laisser la place à un véritable “furyô”, un voyou version japonaise, dont les piètres résultats scolaires seront aussi nombreux que les coups distribués lors de bastons improvisées entre bandes rivales.

Cette première partie du livre est assez descriptive, mais Florent parvient à la dynamiser et à la rendre intéressante en y ajoutant des anecdotes et détails amusants confiés par Kishimoto et Yuki, son frère aîné. Elle est en outre fondamentale pour bien comprendre la trajectoire professionnelle prise par le jeune Yoshihisa quelques années plus tard. En effet, après des études péniblement terminées dans une école de design, et alors que sa passion pour les films de Bruce Lee alimente son rêve de bosser dans le cinéma, Kishimoto voit dans le monde du jeu vidéo une sorte de raccourci, un moyen de parvenir rapidement à ses fins. C’est chez Data East, et par la suite chez Technos Japan, que son talent s’exprimera pleinement avec des titres désormais entrés dans l’Histoire : Pro Soccer (arcade), Thunder Storm et Road Blaster (LD), Nekketsu Koha Kunio-kun / Renegade (arcade), et bien entendu Double Dragon, synthèse parfaite entre son amour pour l’oeuvre de Bruce Lee et son passé de “loubard”.

On est ici au coeur du livre : le rythme s’accélère, les souvenirs et les anecdotes de développement se multiplient pour nous faire vivre de l’intérieur la naissance de ses différents hits. On prend aussi toute la mesure du talent de Kishimoto San : avec à chaque fois le même brio, il s’est exprimé sur différents supports (LD, arcade, consoles…) et à carrément intronisé le genre “beat’em up”, à une époque où tout était à inventer et où des détails, aujourd’hui considérés comme évidents, devaient être solutionnés. La liste serait trop longue, mais on lui doit notamment le système des combos, les actions multiples en fonction de la position du perso (coups de genou, projections…), la progression dans le jeu indiquée par des flèches, la récupération d’armes au sol, l’interaction avec certains éléments du décor, etc.

Si le parcours professionnel de Kishimoto est exemplaire jusqu’au début des années 90, il connaîtra cependant quelques sérieux ratés par la suite. L’homme a toujours une foule d’idées géniales en tête (au demeurant très bien décrites vers la fin du livre), mais l’appât du gain de ses supérieurs et le déclin rapide de Technos Japan pèseront lourdement sur la destinée de Double Dragon 3 (un titre dont Kishimoto a lui-même honte, encore aujourd’hui) et sur la suite de sa carrière. Voyant que l’éditeur est en train de couler, et que rien n’est fait pour y remédier, Kishimoto donne sa démission et devient “freelance”. À partir de ce moment, on pourrait alors penser qu’il entame une sorte de longue traversée du désert, passant de projet en projet, mais sans renouer avec le succès passé. Or, il n’en est rien, et Florent le démontre très bien.

Kishimoto a beau ne plus travailler pour un gros éditeur, il jouit d’une certaine liberté et continue à explorer de nouvelles voies. Bref, son métier le passionne et il joue les précurseurs. Parmi ses réalisations “post-Technos Japan”, on peut notamment citer Chô Aniki (un shoot’em up complètement barré sur Playstation), les très nombreux jeux à destination des terminaux “Plus e” (un projet au cours duquel Kishimoto va littéralement défricher le terrain du jeu vidéo tactile, dix ans avant le succès mondial de la DS !), ou encore ViER, un “jeu de plateau” dont le but avoué est de devenir aussi populaire que les dames ou les échecs !

Enter the Double Dragon survole donc une carrière bien remplie, et on tombe de haut quand on découvre tout le travail abattu par Yoshihisa Kishimoto au cours de ces trois dernières décennies. Travailleur de l’ombre, l’homme a véritablement joué de malchance côté employeurs (Data East et Technos Japan, grisées par le succès, feront finalement toutes deux faillite), mais surtout, il n’a jamais su “se vendre” et capitaliser sur sa popularité pour décrocher par la suite des projets d’envergure (du moins, depuis la période faste Kunio-kun / Double Dragon). Le passionnant livre de Florent, que je vous invite à vous procurer sur la boutique en ligne de Pix, arrive donc à point nommé pour nous démontrer que Kishimoto, créateur influent dans le passé, n’a rien perdu de son génie et pourrait encore nous surprendre à l’avenir, à condition qu’un éditeur important croit en ses idées et lui accorde une nouvelle chance…

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Commentaires

2 commentaires pour “Yoshihisa Kishimoto, Enter the Double Dragon : mes impressions”

  1. Merci pour cette critique constructive et avisée !
    Tu donnes envie de lire cet ouvrage :)

    Publié par Webneta | 10 juillet 2012, 5 h 27 min
  2. Merci ;) Elle est peut-être un poil trop longue (j’ai toujours du mal à me limiter), mais le contenu du bouquin est très dense. En tout cas, content qu’elle t’ai plu. Je te recommande le bouquin : il se lit facilement, et on apprend une foule de choses, que ce soit sur la jeunesse “haute en couleurs” de Kishimoto ou sur ses jeux.

    Publié par Kenshiro | 10 juillet 2012, 7 h 46 min

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