Ripley, seule contre tous

Alien 3

Petite piqure de rappel, le premier Alien est né au cinéma en 1979. Classé “film d’horreur” (aujourd’hui il est dans la case “science fiction”), il a fait un véritable carton en salle, ce qui a confortablement assis la licence pour l’avenir et a lancé la carrière de Sigourney Weaver.

Alien 3 Super NES (screenshot 01)Réalisé par Ridley Scott, il faudra attendre 1986 pour que James Cameron nous sorte Aliens (vulgairement appelé Alien 2), une suite plus explosive mais tout aussi angoissante. Eh oui, James Cameron, le réalisateur prodige d’Hollywood qui nous a concocté Terminator II, Abyss, True Lies ou le récent Avatar, faisait déjà des films géniaux. Et ce n’est qu’en 1992 qu’on verra un troisième épisode montrer le bout de son acide xénomorphe. Cette fois réalisé par David Fincher, cet épisode controversé (il est le plus mou de la saga) aura donné lieu à quelques adaptations ludiques. Il faut dire qu’entre 1979 et 1986, les consoles qu’on avait n’étaient pas terribles (au mieux, c’était la NES), alors qu’en 1992/93, les Mega Drive et Super Nintendo étaient bien implantées, et leurs puissances respectives ont permis de faire des jeux d’action franchement sympas. C’est donc avec un quasi naturel qu’on retrouve Alien 3 sur nos consoles préférées (les adaptations ciné/console ne datant pas d’hier…), dont voici le test Super Nintendo.

Un Alien 3 exclusif

Alien 3 Super NES (screenshot 02)Je tiens avant tout à signaler que cette version est exclusive à la 16 bits de Nintendo. En effet, sorti un an après la version Mega Drive, cet opus en reprend presque tout le gameplay, évidemment en l’améliorant. Au lancement du jeu, on a une très belle intro qui résume parfaitement celle du film. C’est un des points critiquables de la version Mega Drive, et Probe (également développeur de cette version) s’est empressé de le rectifier. Pareil pour l’épilogue sympa, qui reprend lui aussi celui du film. Par contre, Probe a fait son petit tour de magie pour tourner le scénario à son avantage, car à part le contexte et les décors, on est loin de la trame du film : sur la planète-prison Fiorina “Fury” 161, où sont enfermés les pires tarés de l’univers, un EEV s’écrase, avec à son bord Ripley. Mais dans le temps qui sépare le film du jeu, les Aliens ont investi les lieux et ont kidnappé tout le monde. À son réveil, Ripley se retrouve seule et aura pour but de tous les sauver et de réaliser un nombre défini de missions.

Alien 3 Super NES (screenshot 03)C’est donc super léger, mais contrairement à la Mega Drive, ici, les missions sont plutôt bien menées et ont un sens. Chaque niveau nous impose d’accomplir entre six et huit missions. Réalisables dans l’ordre qu’on veut, elles sont du genre sauver des prisonniers, colmater des brèches, changer des fusibles, souder des portes, etc. Quiconque a vu la quadrilogie cinématographique trouvera ces missions bien dans l’esprit des films. On regrettera par contre que les textes soient uniquement en anglais (même pour notre version française), ce qui ne facilite pas la vie des anglophobes. C’est également un gros défaut, les missions sont toujours les mêmes. On a quatre ou cinq types de tâches à accomplir, et tout au long du jeu, on fera toujours la même chose. D’autant que le jeu prend un malin plaisir à nous faire faire des allers-retours, histoire de doper la durée de vie (au niveau 3, s’en est même chiant puisqu’il faut traverser la même portion de level plus de dix fois dans un sens, puis dans l’autre).

Alien 3 Super NES (screenshot 04)S’apparentant à un mini-labyrinthe, le dédale est chaque fois vaste et les pièces communiquent entre elles. Heureusement, le terminal permet de visionner un plan détaillé de chaque niveau, ce qui est déjà pas mal mais aurait pu être mieux, en affichant le nom sur les portes par exemple. On a quand même un bonus par rapport à la Mega Drive : le temps n’est plus limité et comme chaque niveau est très long (entre 1h et 1h30, ce qui nous donne une durée de vie moyenne de 8h, ce qui est énorme pour le genre), le jeu nous offre un très utile système de passwords. À ce propos, c’est idiot mais une mission n’est validée que si on retourne au terminal (avec entre-temps un bip-bip qui nous signale qu’on a fini… deux ou trois fois aurait largement suffi, pas la peine de nous saouler avec ça). Si le film est basé sur le suspens, soyons clair, le jeu en est tout autre. Il faut dire qu’un jeu mou n’est pas vendeur, et à l’époque, seule l’action faisait recette. Donc, ce jeu s’appelle Alien 3 mais s’apparente plus à Alien 2.

Diminuer la surpopulation carcérale, façon Alien

Alien 3 Super NES (screenshot 05)Les lieux sont donc infestés d’Aliens (qui apparaissent n’importe où et n’importe comment, le plus souvent contre toute logique), des ennemis toujours plus résistants (au fil du jeu, ils encaissent de mieux en mieux, ça devient même n’importe quoi sur la fin), toujours plus rapides et toujours plus vicieux (il est d’ailleurs idiot de voir des prisonniers flâner sur les corridors, tranquilles, même pas inquiétés par les bestioles, et d’être la seule à faire le boulot). Et dire que dans le film, il n’y en avait qu’un seul d’Alien… Comme les ennemis sont plutôt rapides et que les munitions se font vite rares, l’aventure est particulièrement difficile. Certes, on n’a plus de chrono pour nous mettre la pression, mais à part les œufs, les ennemis reviennent sans cesse (il ne faut donc pas trainer). C’est d’ailleurs un peu débile comme ils “spawnent” sans cesse, s’en est même fatiguant à la longue. Sur Mega Drive, une fois morts, ils ne revenaient pas. Et les pires sont les “facehuggers”, véritables saloperies rampantes, et c’est ce qu’il y a le plus ! Et si encore tuer les œufs permettait de limiter leur apparition… mais penses-tu !

Alien 3 Super NES (screenshot 06)En fait, Alien 3 sur Super Nintendo est tellement difficile que la version Mega Drive passe pour une promenade de santé (c’est sans doute l’un des pires jeux que je connaisse). Pour nous sortir de cet enfer, Ripley est tout de même bien équipée : fusil d’assaut, lance-flammes et lance-grenades (on n’a plus de grenades à main). Comme le pad Super Nintendo est doté de quatre touches principales, Probe a pensé à une prise en mains plus rapide que d’accoutumé. En effet, avec B on saute, puis chacune des trois autres touches sert pour chaque arme (Y pour le lance-flammes, A pour le fusil d’assaut et X pour le lance-grenades). L’idée n’est vraiment pas mauvaise et ça évite de tout le temps switcher entre elles. Comme je le disais, les munitions se font vite rares, à cause d’ennemis continuellement en surnombre. Pour s’en remettre plein les poches, il faudra bien fouiller les zones (le terminal peut aider à trouver ce qu’on cherche). Notre héroïne est également équipée d’un radar (un classique à la série), qu’on active en pressant Select ou qui se met en marche automatiquement lorsqu’on exécute une mission (par exemple souder une brèche). Comme dans les films, il émet un son lorsqu’il détecte du mouvement. Sympa comme clin d’œil, mais pas très utile dans le jeu, étant donné qu’on n’a jamais la paix.

Alien 3 Super NES (screenshot 07)Ripley est assez agréable à manier mais pose de nouveau quelques petits soucis. Si on n’a plus de problème lorsqu’on prend une échelle ou qu’on rampe dans les conduits de ventilation, la belle fait un pénible et incontrôlable bond en arrière dès qu’elle est touchée (c’est-à-dire souvent). C’est vraiment pénible car on perd tout contrôle sur le personnage, ce qui occasionne quelques désagréables chutes ou sauts intempestifs dans un piège (comme une coulée de lave). Et encore une fois, le saut est totalement imprécis (c’est même pire que sur Mega Drive, fallait le faire !). À côté de ça, la jouabilité a grandement été améliorée. Désormais, on peut utiliser le lance-flammes en courant, se déplacer accroupi, tirer dans toutes les directions (même si on est sur une échelle, la classe) et on a quelques mouvements supplémentaires comme se déplacer accroché au plafond. C’est vraiment pas mal. L’action est donc explosive au possible ! Laminer de l’Alien à la pelle est vraiment fun et ramène, comme je le disais, au film Alien 2.

BO “ciné”, mais daube musicale quand même !

Alien 3 Super NES (screenshot 08)Côté réalisation, les graphismes sont vraiment sublimes. Les couleurs sont bien choisies, les divers décors reprennent ceux des films (l’entrepôt où est stocké le EEV, l’infirmerie, les corridors, la fonderie, la déchetterie…) afin d’entrer complètement dans l’ambiance. Les environnements sont superbement détaillés et on a même quelques effets comme cette pluie battante lorsqu’on est en extérieur ou encore la brume dans les cavernes Aliens. C’est vraiment super beau et fidèle à l’univers emprunté (d’ailleurs, on y retrouve tout le bestiaire : facehugger, serpent, Alien combattant, Reine…). Côté animation, si Ripley est lente à se déplacer, ses mouvements sont sacrément fluides. D’ailleurs, la technique d’animation ressemble au rotoscoping (et je ne pense pas me tromper) découvert dans Flashback. Pour les ennemis, le niveau de fluidité est forcément moins élevé mais leurs animations restent, elles aussi, étonnamment travaillées. Entre les missions, les décors et la qualité des animations, je me demande encore comment ils ont pu faire tenir tout ça sur une simple cartouche de 8Mb.

Alien 3 Super NES (screenshot 09)Enfin, si je suis le premier à faire des éloges sur la partie son de l’opus Mega Drive, je trépignais d’impatience à l’idée de découvrir les musiques de celui-ci. Il faut dire que le travail réalisé sur la console de SEGA est tout à fait unique et admirable. Eh bien, voyez-vous, ce devait être trop beau car ils ont tout changé… ici aussi. Adieu furieuse bande-son, bonjour la daube ! Si les musiques ont le bon goût de changer d’une mission à l’autre (heureusement, car on n’allait pas se taper la même tout le niveau), désormais elles sont plus cinématographiques. En ça, elles sont même impressionnantes. Bien qu’un peu sourdes, elles reprennent bien le type de compositions qu’on retrouve au ciné. Malheureusement, on est sur console 16 bits, et si ça colle bien aux jeux actuels, sur Super Nintendo, c’est par contre mauvais !

Alien 3 Super NES (screenshot 10)Pas du tout mélodieuses, ni même rythmées, elles sont très répétitives et saoules en quelques minutes à peine. Pire encore, si les bruitages ont une qualité honorable (bien qu’ils sont loin d’avoir la puissance de ceux sur Mega Drive), la musique est tellement forte qu’elle les couvre totalement (et à l’époque, les réglages de volumes n’existaient pas). Ainsi, c’est ma plus grande déception envers ce jeu. Ce qui aurait pu être le meilleur jeu d’action du support, ou plus simplement la meilleure adaptation de la licence Alien, échoue sur des détails agaçants de jouabilité, de difficulté et de bande-son. Et ne venez pas me dire qu’il n’était pas possible de faire le même type de musiques que sur Mega Drive car technologiquement, au niveau du son, la Super Nintendo lui est bien supérieure et on a déjà vu ce que ça donne avec notamment Rock & Roll Racing. C’est vraiment dommage.

Le mot de la fin

Alien 3 Super NES (screenshot 11)Si depuis tant d’années je n’avais pas l’animosité de certains testeurs envers le développeur Probe Software, c’était grâce à ce jeu. J’ai toujours pris Alien 3 pour un excellent jeu, d’ailleurs, c’est un excellent jeu et je pensais le développeur doué pour ça. En fait, Alien 3 est sans doute l’un des rares jeux qu’ils n’aient pas foirés… ceci explique cela. D’ailleurs, Probe aurait pu faire un simple copier-coller de l’opus Mega Drive (en améliorant graphismes et sons), mais il a préféré tout reprendre du début. C’est émérite de la part du développeur, mais il échoue à nous proposer un titre réellement meilleur. Certes, ce n’est plus du 100% action comme autrefois, et le titre a su se diversifier tout en restant dans le carcan de la licence. Mais au rang des véritables regrets, je citerais une nouvelle fois une bande-son minable qui nous gâche l’expérience et des ennemis toujours en surnombre et qui réapparaissent sans cesse. Du coup, au lieu d’être largement supérieure à la version Mega Drive (que je compare souvent, désolé), et bien, cette version sur Super Nintendo d’Alien 3 se retrouve au même niveau, voire même un cran en-dessous. Certes bien plus beau, plus fluide et même plus maniable, je le trouve aussi bien moins fun car plus pénible, et ce, pour toutes les raisons évoquées jusque-là. Reste qu’Alien 3 est un bon jeu d’action, mais il faudra beaucoup de patience pour l’apprécier à sa juste valeur.

Note Finale
Technique – 8 /10

Les décors reprennent ceux du film, avec des graphismes sublimes et détaillés, aux couleurs bien choisies. Les mouvements de Ripley sont sacrément fluides, ceux des Aliens un peu moins.

Musique – 4 /10

La déception ! Les compos ont un côté “ciné” assumé, mais elles ne sont pas du tout mélodieuses et saoules en quelques minutes à peine.

Gameplay – 4 /10

Ripley est agréable à manier et possède une belle palette de mouvement (courir avec le lance-flammes, se déplacer accroupie…), mais certaines choses sont pénibles (bond en arrière quand elle est touchée, saut imprécis…).

Durée de vie – 7 /10

Fini le temps limité de la version Mega Drive : ici, on met entre 1h et 1h30 par niveau, pour une durée de vie globale qui atteint les 8h de jeu. Tout bon pour un jeu de ce type !

Innovation – 6 /10

Probe aurait pu se contenter de reprendre le jeu Mega Drive, avec de meilleurs graphismes. Mais le développeur a pris le risque de faire un tout nouveau jeu plus beau, plus fluide… mais moins fun.

En résumé
Rien à voir avec le film dont il s’inspire, mais amusant quand même.
7
Bon

Infos Pratiques
Développé par Probe Software
Édité par LJN
Sorti le 09.07.1993 (Japon)
Sorti en 05.1993 (USA)
Sorti le 28.10.1993 (Europe)
action / aventure
1 seul joueur
Cartouche de 8Mb
Sauvegarde par mots de passe
Existe aussi sur NES, GB, MD (autres versions)
Encore + d’images
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Crédits
Version originale du test sur Gravitorbox.
Repris sur la MdP avec l'autorisation de iiYama.
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