Après le Tibet, direction le soleil

Tintin : Le Temple du Soleil

Aussi loin que je m’en souvienne, les bandes dessinées de Tintin ont toujours trôné dans un coin de ma bibliothèque. Mon tout premier album, reçu en cadeau à l’âge de six ou sept ans, fut Tintin au Congo, et comme j’aimais plutôt ça, en quelques années, j’ai finalement pu aligner la collection complète sur mes étagères.

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 01)Si certains albums avaient clairement ma préférence (Le Lotus Bleu, On a marché sur la Lune), d’autres comme Les 7 boules de cristal m’avaient carrément fichu la trouille ! Au début de cet album, Hergé tirait beaucoup sur les ficelles du mystère et des phénomènes inexpliqués, avec des scientifiques qui, après avoir découvert le tombeau de la momie inca Rascar Capac, étaient frappés par un mal inconnu. Il y avait aussi cette scène, reprise sur la couverture de la BD, où une grosse boule de feu virevoltait autour du pauvre Tournesol assis dans un fauteuil et explosait finalement la cage de verre où la fameuse momie se trouvait emprisonnée ! Quand vous avez sept ans et une imagination débordante, je peux vous dire que feuilleter cet album avant de vous endormir n’était pas forcément une bonne idée… ^^;

Double album, double dose

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 02)Si je raconte ces quelques souvenirs, ce n’est pas pour rien, car contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Tintin : Le Temple du Soleil est bien l’adaptation Super NES du duo d’albums Les 7 boules de cristal / Le Temple du Soleil. Un an à peine après un Tintin au Tibet à moitié convaincant, le jeune reporter rempilait donc sur Super NES pour une deuxième aventure, avec, comme cela avait déjà été le cas pour Lucky Luke, Astérix ou Les Schtroumpfs, Infogrames dans le rôle du chef d’orchestre. Gage de qualité ? Peut-être… mais de fidélité, certainement. Les “Tintinophiles” étant particulièrement vigilants et tatillons, le déroulement du jeu se devait de suivre scrupuleusement celui des deux bandes dessinées. Et c’est bien le cas ici. Les premiers niveaux font référence à ce qui s’est passé dans les 7 boules de cristal, alors que le reste du jeu (soit la plus grosse partie) nous fait voyager en s’intéressant aux péripéties racontées dans le Temple du Soleil.

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 03)Contrairement au jeu Tintin au Tibet qui ne couvrait qu’un seul album, Infogrames s’est donc attaqué de front à deux albums qui, comme à chaque fois chez Hergé, forment un tout indissociable. En d’autres mots, en développant un jeu sur Le Temple du Soleil, le développeur ne pouvait faire l’impasse sur Les 7 boules de cristal. Sur ce point, le pari est tenu et le jeu, dans son ensemble, forme un tout cohérent. Les aventures de notre reporter commencent dans les allées du musée ethnologique, pour se poursuivre dans le manoir du professeur Bergamotte, dans les jardins de ce même manoir, à bord d’une voiture lancée à la poursuite des ravisseurs de Tournesol, sur le paquebot Potomac, etc. Là où nos deux BD font sans cesse voyager Tintin et Haddock à la recherche de leur ami kidnappé, jusqu’au fin fond de la jungle péruvienne, Tintin : Le Temple du Soleil fait de même avec le joueur. Aucun niveau ne ressemble donc de près ou de loin à un autre, ce qui est plutôt une bonne chose pour un soft d’action / plate-forme…

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 04)Finalement, pour Infogrames, le plus dur aura été de trouver dans les deux BD des scènes qui pourraient faire l’objet d’un niveau dans un jeu vidéo. Ce n’était pas forcément gagné, d’autant plus que, si Tintin a la bougeotte, ce n’est pas non plus un personnage d’action à 100%, et encore moins un personnage super violent. Du coup, on constate que le soft est plus orienté action que plate-forme, avec un Tintin peu “gâté” qui ne sait faire que marcher, courir, sauter et, à de rares occasions, prendre un objet en main. En fait, on le remarque très vite : le héros d’Hergé passe le plus clair de son temps à éviter d’entrer en contact avec des pseudo-ennemis ou des projectiles du style tonneaux, balles de revolver… Je parle de “pseudo-ennemis” parce qu’à vrai dire, dans Le Temple du Soleil, on ne peut pas parler d’ennemis au sens propre du terme.

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 05)Assez curieusement, ce sont de simples PNJ (“persos non joueurs”) qui se baladent et qui agissent de manière on ne peut plus scriptée. Limite, ils n’en ont rien à faire de Tintin ! Toute la difficulté du titre réside donc dans le fait de pouvoir ou non les éviter. Le choix opéré par Infogrames pour ces “obstacles”, mobiles ou non, est d’ailleurs, lui aussi, interpelant : les gardiens du musée, le bilboquet d’une petite fille, des planches qui dépassent d’une caisse, une porte qui s’ouvre, un Lama qui crache de l’eau (“Quand lama fâché, señor, lui toujours faire ainsi !”)… Apparemment, dans le cahier des charges, il fallait que les obstacles soient réalistes, et le simple fait d’entrer en contact avec eux se soldera par la perte d’un point de vie (cette dernière étant ici symbolisée par un parchemin qui s’enroule progressivement). Seul petit “rayon de soleil” et originalité dans ce gameplay : Tintin peut souvent évoluer sur plusieurs plans (jusqu’à trois, comme pour le niveau sur les docks par exemple), cette particularité permettant au jeune héros d’éviter de croiser la route d’un “ennemi”. Voilà qui donne au moins, sans mauvais jeu de mots, un peu plus de profondeur au titre…

De rares moments de bravoure

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 06)Pour éviter que leur jeu ne ressemble qu’à un gros et douloureux parcours du combattant, les développeurs d’Infogrames ont imaginé quelques niveaux un peu plus originaux. Dans le jardin du manoir, le joueur devra par exemple gérer Tintin et Haddock en alternance, le revolver du second permettant au premier d’avancer à couvert. Par la suite, dans plusieurs niveaux, la classique évolution en 2D de profil sera aussi remplacée par une mise en scène un peu plus dynamique : poursuite en voiture avec la route vue de face, séquence du wagon de train, Tintin suspendu aux pattes d’un aigle énorme, Tintin qui tente d’échapper à une avalanche… Mais malgré cela, le but reste toujours le même (se jouer des obstacles), et ces niveaux ne constituent pas pour autant un répit : pour en venir à bout, il faudra des réflexes et une mémorisation des obstacles encore plus affutée que dans les niveaux “normaux”.

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 07)De manière générale, l’impression qui prédomine dans Tintin : Le Temple du Soleil est donc celle d’une trop grande difficulté, avec une progression bien chaotique. Tintin n’est pas un modèle de maniabilité, alors que certains sauts ou certaines actions doivent pourtant être réalisés au millimètre près. Et par dessus le marché, comme pour tuer tout plaisir, un chrono égrène les secondes et impose au joueur de connaître les niveaux quasiment par coeur, sous peine de tomber sur un écran “temps écoulé” et de perdre une vie ! Pour avancer un tant soit peu dans le jeu, mettre la partie en Easy est donc largement conseillé, tout comme l’usage des mots de passe (ceux-ci ne sont malheureusement pas présents pour tous les niveaux, on a droit à un mot de passe tous les quatre ou cinq niveaux… mais c’est déjà ça).

Fidélité, quand tu nous tiens…

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 08)Si il y a bien quelque chose que l’on ne peut pas mettre en doute, c’est la fidélité du jeu par rapport au coup de crayon et à l’univers unique d’Hergé. On ne note, il est vrai, aucune progression ou amélioration notable depuis Tintin au Tibet (en même temps, en un an de développement, fallait pas trop rêver non plus hein..), mais ce Temple du Soleil est une nouvelle fois très propre, et les couleurs utilisées font immanquablement penser à celles utilisées dans les planches des deux BD. Surtout que des cases directement tirées des albums sont aussi utilisées pour passer d’un niveau à l’autre et faire avancer le scénario, achevant de conforter le lien entre bande dessinée et jeu vidéo. Si, comme je vous le disais plus haut, le scénario original imaginé par Hergé permet au jeu de multiplier les décors et les situations, assurant au joueur une découverte de tous les instants, on sera moins emballé par les mouvements du petit reporter. Tintin est du style un peu lourdaud et on éprouve un peu de mal à le mener là où on le veut vraiment, par exemple pour les sauts (un comble pour un jeu qui repose en grande partie sur l’évitement d’ennemis et d’obstacles !).

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 09)Si visuellement, Infogrames remplit sa part du contrat sans trop se forcer, musicalement, tout restait à faire. Une bande dessinée est une oeuvre graphique, alors qu’un jeu vidéo mêle images et sons, si possible de manière harmonieuse. Le développeur a de nouveau fait appel à Alberto José Gonzalez, un compositeur que l’on retrouvait déjà sur Tintin au Tibet, Spirou ou Astérix. Comme pour ces différents titres, la bande-son qui en est ressortie colle plutôt bien à l’univers de Tintin et aux différentes situations mises en scène par le jeu. Mais cette BO se révèle aussi inégale, tantôt tirée vers le haut par des morceaux qui soutiennent bien l’action (notamment dans les niveaux plus originaux évoqués précédemment), tantôt tirée vers le bas par des compositions qui manquent d’âme et qui relèguent la musique du soft au second plan. Dommage…

Le mot de la fin

Tintin : Le Temple du Soleil (screenshot 10)Si on n’a pas spécialement d’affinités avec l’univers de Tintin et que l’on se borne à une stricte analyse de la situation, on ne peut que se montrer un “tintinet” déçu par Tintin : Le Temple du Soleil. Par rapport à Tintin au Tibet sorti un an plus tôt, c’est le status quo technique : la réalisation du titre est honnête, mais sa maniabilité et ses mécaniques (foutus sauts, foutu chrono !) sont énervantes et frustrantes, obligeant le joueur à avancer par à coup, en mémorisant les pièges qui se dressent devant lui. Par contre, pour le fan bercé durant son enfance par les albums d’Hergé et qui relit encore ses Tintin de temps à autre, ce soft… c’est du petit lait ! Celui-là se sera probablement réjoui de retrouver une deuxième fois Tintin sur sa Super NES. Et si je ne me trompe pas, des jeux Tintin sur consoles, il n’y en a pas eu des masses, donc c’était toujours ça de pris. Pour lui, ce Temple du Soleil peut être vu comme une véritable aubaine, un de ces titres action / plate-forme dont on loue forcément la fidélité à l’oeuvre originale, mais sans être trop regardant sur une prise en main largement perfectible…

Note Finale
Technique – 8 /10

On ne fait pas n’importe quoi avec l’oeuvre d’Hergé! Ce Temple du Soleil est donc très fidèle aux BD, aussi bien pour les décors que pour les couleurs utilisées. L’animation de Tintin et des “ennemis” est par contre trop scolaire.

Musique – 6 /10

Pas facile de coller des musiques sur un jeu inspiré d’une BD. La BO est inégale, avec des morceaux qui dynamisent les phases d’action plus intenses, mais aussi des compositions moins marquantes qui relèguent la musique au second plan.

Gameplay – 6 /10

Ouille ! Tintin n’est pas toujours un modèle de maniabilité. Ces mouvements sont plutôt imprécis, alors que de nombreux passages du jeu nécessitent justement une grande précision.

Durée de vie – 7 /10

Vous êtes du genre tenace ? Dans ce cas, vous passerez un sacré bout de temps sur ce Temple du Soleil, même en Easy. Dans le cas contraire, vous lâcherez la cartouche en cours de route…

Innovation – 5 /10

Assez unique dans son genre, Le Temple du Soleil reprend les mêmes mécaniques que son prédécesseur. On le qualifiera de jeu d’action, voire même d’évitement d’obstacles. À un tel point que le fun en pâtit, c’est dire…

En résumé
Une fidélité à toute épreuve, mais une mécanique des plus rigides.
6
Honnête

Infos Pratiques
Développé par Infogrames
Édité par Infogrames
Sorti en 1997 (Europe)
Pas sorti au Japon
Pas sorti aux USA
action / plate-forme
1 seul joueur
Cartouche de 16Mb
Sauvegarde par mots de passe
Existe aussi sur PC
Plus Loin
Si vous souhaitez pousser un peu plus loin la découverte des jeux Tintin sortis sur consoles 16 bits, je vous invite à lire le test Mega Drive de Tintin au Tibet, publié par Vidok sur Archaic.fr.
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